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Un document indispensable pour le « devoir de mémoire ».

La lettre de Manouchian à Mélinée en orthographe originale

De l’Affiche rouge à L’Armée du crime…

samedi 8 septembre 2007, par Lionel Labosse

La lettre de Michel Manouchian à son épouse Mélinée écrite le 21 février 1944 à Fresnes, quelques heures avant qu’il soit fusillé, est souvent étudiée en parallèle au poème d’Aragon « Strophes pour se souvenir » [1], et à l’étude de la fameuse Affiche rouge, qui a également donné son nom à la chanson éponyme de Léo Ferré. Notons en passant que l’Affiche rouge est un excellent exemple d’appropriation du stigmate, puisque le rouge de l’infamie qu’elle recherchait s’est retourné avec le temps et les hommages, en rouge de la légion d’honneur, les photos rondes surmontant un cartouche ressemblent à s’y méprendre à des médailles militaires, et le cartouche rappelle le nombre d’actes d’héroïsme commis par chacun, que les nazis et collabos taxaient de terrorisme.

Affiche rouge

Quant à la lettre, elle a été souvent étudiée pour elle-même, dans le cadre de l’autobiographie ou de l’épistolaire (anciens programmes, supprimés à la rentrée 2011). Cependant, un détail m’a interpellé : cette lettre n’était jamais transcrite dans son orthographe originale, mais rectifiée, dans la version fournie en 1974 par Pierre Seghers dans La Résistance et ses Poètes. J’avais trouvé cette transcription littérale dans l’ouvrage d’Anne Bervas-Leroux, Au nom de la Liberté, Poèmes de la Résistance, GF Flammarion, 2000 (avec quand même quelques modifications). Il suffit d’ailleurs de se référer au fac-similé de l’original, tel qu’il figure par exemple sur le site de l’exposition de la Mairie d’Ivry en 2004, même si certains mots sont impossibles à déchiffrer. Vous le savez, je suis parfois sujet, comme tout intello gaulois qui se respecte, à des crises d’indignation lyrique. C’est la couverture du Nouvel-Obs du 6/9/2007 : « Le scandale de l’illettrisme », qui m’a rappelé cette lettre. Pour vendre du papier, cet hebdo a parfois recours à des couv racoleuses. Le marronnier de l’illettrisme fait vendre, surtout début septembre, ou quand faiblit l’actualité racoleuse de la pédophilie, de l’antisémitisme ou du terrorisme. Certaines évidences sont bonnes à rappeler. Au cas où l’on me prendrait pour un gauchiste angélique, je rappelle qu’en tant qu’enseignant, j’accorde une grande place à l’orthographe, et qu’en tant qu’écrivain et critique, je suis réglementairement psychorigide sur le sujet. Lorsque je lui ai transmis le manuscrit de mon dernier roman Karim & Julien pour qu’elle le préface, Gudule, qui n’est pas une truffe en la matière, m’a même fait le compliment suivant : « J’ai rarement lu un manuscrit aussi dépourvu de coquilles » (avec un « q » !).

Cependant, jamais je n’ai considéré l’orthographe comme un prétexte à humilier ceux qui la maîtrisent mal. Je la considère plutôt comme une sorte de sport national, qui permet en outre de mieux communiquer, voilà tout. C’est pourquoi, chaque fois que je fais étudier le poème d’Aragon, je propose à ma classe cette lettre sans rectification, en hommage, justement, à ces étrangers morts pour la France bien qu’ils ne maîtrisassent pas les arcanes de notre idiome [2]. Face aux fusils, Manouchian n’a pas écrit : « Nous allons être fusillés », mais : « On va être fusillé », et la nuance ne me semble pas un détail de l’Histoire. D’autre part, la signature qu’on peut difficilement déchiffrer sur le fac-similé est « Michel » et non « Missak » ; sans doute est-ce le dernier mot écrit par cet homme. Une photographie agrandie particulièrement lisible de la lettre a été exposée à la mairie de Paris en septembre 2009, à l’occasion de la sortie du film de Robert Guédiguian, et j’ai pu à cette occasion vérifier l’orthographe précise. Le nom « Manouchian Michel » était suivi de « djanigt » entre parenthèses, un prénom arménien. Qui pourrait nous l’expliquer ? La lettre semble avoir été relue, car des apostrophes ont été ajoutées, des s ont été rayés ; il y a une ou deux ratures (on voyait ça fort mal sur le fac-similé de l’expo d’Ivry). Cette exposition avait l’immense intérêt de proposer un panneau pour chacun des 21 exécutés du mont Valérien, où l’on pouvait lire toutes leurs lettres. Elles avaient sans doute été écrites ensemble, car plusieurs phrases ou idées se retrouvent d’une lettre à l’autre. Celle de Manouchian est la plus longue et la plus intéressante, mais l’ensemble est un monument d’émotion. Un panneau était aussi consacré à la poétesse et résistante Louisa Aslanian, alias « Lass », morte en déportation, après avoir écrit une ode épique intitulée « Mala », miraculeusement ramenée des camps par Lise London.

Dans le livre de Pierre Seghers, on trouve, outre la transcription de cette lettre, un texte de Claude Morgan pour les Lettres françaises : « Très haute et dramatique avec ses dix médaillons sur un fond rouge-sang. C’est l’affiche "Des libérateurs ?" qui représente des "terroristes" juifs : un Hongrois, un Espagnol, un Arménien, un Italien, des Polonais. La foule se presse silencieuse. Au-dessus de chacun de leurs portraits, – et pour nous faire horreur sans doute ? – on a noté leurs exploits. L’un d’eux a eu à son actif cinquante-six déraillements, cent cinquante morts et six cents blessés.
— Beau tableau de chasse, dit quelqu’un.
Une femme confie à son compagnon :
— Ils ne sont pas parvenus à leur faire de sales gueules.
Et c’était vrai. Malgré les passages à tabac, malgré la réclusion et la faim. Les passants contemplent longuement ces visages énergiques aux larges fronts. Longuement et gravement comme on salue des amis morts. Dans les yeux aucune curiosité malsaine, mais de l’admiration, de la sympathie, comme s’ils étaient des nôtres. Et en fait ils étaient des nôtres puisqu’ils luttaient parmi des milliers des nôtres pour notre Patrie, parce qu’elle est aussi la Patrie de la Liberté.
Sur l’une des affiches, la nuit, quelqu’un a écrit au charbon en lettres capitales ce seul mot : MARTYRS. C’est l’hommage de Paris à ceux qui se sont battus pour la liberté. »

Dans le même esprit, on s’intéressera à la personnalité et aux chansons d’Anna Marly, l’inoubliable chanteuse du Chant des Partisans.

Des héros mauvais en orthographe !

Il ne me semble pas inutile, incidemment, que nos élèves sachent qu’être un héros national – et un poète – et ne pas maîtriser l’orthographe du français sont des faits compatibles. Dans le même ordre d’idée, l’exposition que le Musée Carnavalet a consacrée à l’iconographie de la révolution française à l’automne 2009, montrait sur les gravures originales de nombreuses erreurs d’orthographe, et certaines étaient l’œuvre d’artistes qui mettaient aussi la main à la pâte de l’Histoire ! Enfin, vous souvient-il que Notre Bien-Aimé Président de la République, en Grand Manitou Lacrymal, avait lancé, dès son investiture, l’habile pavé dans la mare de la mémoire nationale, de faire lire en début d’année à tous les enseignants la lettre du jeune Guy Môquet [3]. Heureusement, dans le lycée où j’ai l’insigne honneur de travailler, on n’en avait pas entendu parler à la rentrée suivante, et, révérence gardée à Guy Môquet, j’ai conservé ma liberté pédagogique ; deux ans après, cette saillie présidentielle a été oubliée comme toute saillie compulsive, présidentielle ou non. C’est toujours la lettre de Manouchian — d’un plus grand intérêt pédagogique à mon humble avis, et plus adaptée à l’âge de mes élèves – que je leur ferai – librement – étudier. Je n’ai rien contre le fait qu’on utilise la lettre de Guy Môquet, bien sûr, mais je réagis comme lorsque Jean-Pierre Chevènement voulait imposer l’étude de La Marseillaise, ou Xavier Darcos le vouvoiement des élèves. La peur du doigt dans l’engrenage… Je me prends parfois à rêver que la liberté pédagogique devrait être constitutionnalisée.

L’Armée du crime

Le film de Robert Guédiguian sorti en 2009, L’Armée du crime, excellent support pédagogique soit dit en passant [4], contient un extrait de la lettre de Manouchian, mais aussi la citation de la lettre plus sobre mais non moins émouvante de Marcel Rayman (ou Rajman, nom sous lequel un square lui est dédié dans le XIe arrondissement), ce jeune homme de vingt ans exécuté dans le même lot et dont le nom figure aussi sur l’Affiche rouge. Le film nous apprend que Marcel Rajman confia au tout jeune Henri Krazucki le soin de son frère Simon, et qu’ils revinrent tous deux vivants des camps de la mort. Cela a été l’un des aspects les plus émouvants du film pour moi, qui, jeune, avais pris cet homme pour le guignol que les médias en avaient fait, sans savoir qui il était. Les scènes consacrées à la torture des Renseignements Généraux français – dont d’ailleurs Krazucki fut l’objet pendant six semaines – constituent un autre aspect émouvant du film, sublimé par le traitement choisi par le réalisateur [5]. J’avais évoqué ces faits avec mes élèves à la lecture de l’éditorial d’Albert Camus pour le journal Combat (30 août 1944) intitulé « Le temps du mépris », que l’on trouve reproduit p. 110 de l’anthologie de Jocelyne Hubert, La Presse dans tous ses états (Magnard, Classiques et contemporains, 2007) [6]. Dans l’excellent dossier pédagogique qu’on peut se procurer auprès du distributeur sous format papier ou télécharger sur le site du film, on trouve une reproduction du fac-similé de la lettre. Attention, pour des questions de lisibilité bien compréhensibles, mais qui auraient pu être précisées sur le document, ce n’est pas un fac-similé, mais la lettre semble avoir été réécrite par un « faussaire » habile. La plupart des fautes d’orthographe ont été respectées, à quelques exceptions près (« j’y ne crois pas » a été rectifié, et quelques accents ajoutés). J’ignore si un historien s’est penché sur l’affaire, et saurait nous dire pourquoi cette lettre a été écrite en français et non en arménien. Sans doute parce que les Allemands auraient refusé de la transmettre, craignant un message secret.

Trêve de blabla, parole à Manouchian.


21 février 1944, Fresne

Ma chère Méline, ma petite orpheline bien aimée. Dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, j’y ne crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t’écrire, tout est confus en moi et bien claire en même temps. Je m’étais engagé dans l’armée de la Liberation en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de but. Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. J’en suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoir dignement. Au moment de mourir je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu’il meritera comme chatiment et comme recompense. Le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! à tous ! — J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendu heureuse. jaurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je lègue à toi et à ta sœur et pour mes neveux. Après la guerre tu pourra faire valoir ton droit de pension de guerre en temps que ma femme, car je meurs en soldat regulier de l’Armée française de la Liberation. Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui valent d’être lus. Tu apportera mes souvenirs si possibles, à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades toute à l’heure avec courage et serénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fais mal à personne et si je l’ai fais, je l’ai fais sans haine. Aujourd’hui il y a du soleil. C’est en regardant au soleil et à la belle nature que jai tant aimé que je dirai Adieu ! à la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal où qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous à trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendu. Je t’embrasse bien bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaisse de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami Ton camarade Ton mari Manouchian Michel (djanigt).

P.S. Jai quinze mille francs dans la valise de la Rue de Plaisance. Si tu peus les prendre rends mes dettes et donne le reste à Armène. M.M.

- Voir aussi mon article sur le génocide arménien, ainsi que sur Les yeux ouverts, de Didier Torossian. Lire aussi l’anthologie Fragments d’Arménie, grâce à laquelle on peut mieux relier la trajectoire de Manouchian à la tradition des « fédaïs » arméniens.
- Lire une étude de Laurent Lévy, sur le site du collectif « Les mots sont importants », ainsi qu’un dossier pédagogique très complet du CNDP sur Guy Môquet et autres fusillés célèbres, dont Manouchian. Sur le film de Guédiguian, lire le billet de Mtislav. Enfin, un excellent dossier réalisé par des élèves de 3e dans le cadre du concours national de la Résistance et de la Déportation : Les étrangers dans la Résistance.
- L’académie de Créteil propose dans son PAF un excellent stage sur le thème de la mémoire, dans le cadre duquel est organisée une journée au Musée de la Résistance Nationale de Champigny-sur-Marne. J’ai eu la chance d’y entendre, en janvier 2012, Jean Duffau-Epstein, le fils de Joseph Epstein, le fameux « Colonel Gilles », chef de Manouchian au sein des FTP, avec qui il avait rendez-vous quand il fut arrêté, et Epstein avec lui, lequel fut également torturé et fusillé au Mont Valérien, et, hasards de l’instrumentalisation de l’histoire, bien qu’il fût une personnalité beaucoup plus importante de la Résistance, reste beaucoup moins connu que Manouchian (ce qui n’enlève rien bien sûr à l’intérêt émotionnel ni historique de ce mythe). Il faut y voir sans doute des raisons de propagande interne du Parti Communiste Français, pour qui Epstein, trop inféodé à Moscou, et intellectuel de trop haut niveau peut-être, juif, Polonais, constituait moins une icône pour les masses que Manouchian dans les années 50, où le PCF a commandé à Aragon ce poème. Un peu le même genre d’histoire de la raison pour laquelle, après la guerre d’Algérie, le PCF pesa de tout son poids pour que la commémoration de la manifestation de Charonne du 8 février 62 masque celle de la manifestation du 17 octobre 1961

Lionel Labosse


Voir en ligne : L’exposition 2004 de la mairie d’Ivry : un dossier complet sur Manouchian


© altersexualite.com, 2007.
Reproduction interdite.
La photographie des membres du groupe Manouchian avant l’exécution provient d’un excellent site réalisé par trois lycéens du Lycée Jean-Durand de Castelnaudary dans le cadre du concours national de la Résistance. Sur le même site, on trouvera une interview d’Henri Krasucki sur ses liens avec le groupe Manouchian, et la lettre de Marcel Rayman à sa mère et à son frère.


[1Il existe aussi un poème de Paul Éluard de 1949 intitulé « Légion », et un poème de Manouchian intitulé « Le miroir et moi ». On les retrouvera dans des outils pédagogiques à télécharger sur le site du Groupe Marat.

[2Voir aussi la dernière lettre de Jean-Pierre Timbaud, dont l’orthographe ne prête pas à rire.

[3Voir aussi cet article de Pierre Schill pour le CVUH.

[4Voir l’article de Manouk Borzakian.

[5Les trois jeunes résistants exécutés ensemble et qui n’ont pas parlé, évoquent évidemment le Christ et les larrons au Golgotha. Les scènes – inoubliables – de torture dans les sous-sols de la préfecture de Paris, non loin de Notre-Dame dont la masse illumine le bureau du chef de la police de collaboration, me font penser aux peintures retraçant le martyre légendaire de saint Grégoire l’Illuminateur, dans la Cathédrale Saint-Sauveur d’Ispahan, en Iran. Cela, c’est pour l’image. Quant à la bande son de ce film, elle est remarquable, que ce soit les nombreuses chansons d’époque, mais aussi la bande originale. Justement, lors des scènes de torture, il me semble avoir reconnu dans la bande originale d’Alexandre Desplat une paraphrase de la chanson de Léo Ferré sur un texte d’Aragon : « Je chante pour passer le temps ».

[6À propos de ce texte superbe de Camus, lire un chapitre de l’essai de Maurice Weyembergh : Albert Camus ou la mémoire des origines. L’auteur montre que suite à cet éditorial, une polémique a opposé Camus à Mauriac : « Chaque fois qu’à propos de l’épuration, j’ai parlé de justice, M. Mauriac a parlé de charité. Et la vertu de la charité est assez singulière pour que j’aie eu l’air, réclamant la justice, de plaider pour la haine » (p. 107). En 1948, fait rare, Camus reconnaîtra : « Au bout de cette réflexion, et je vous donne ainsi mon opinion sur l’utilité du dialogue croyant-incroyant, j’en suis venu à reconnaître en moi-même, et publiquement ici, que, pour le fond, et sur le point précis de notre controverse, M François Mauriac avait raison contre moi » (p. 109).

Messages

  • Merci. La lettre de Manouchian sera lue à mes élèves de troisième DP 6 à la rentrée prochaine. Les objectifs pédagogiques que vous suivez m’apparaissent comme des exemples à suivre.
    La séquence que je proposerai opposera l’engagement d’Aragon et le pacifisme distant de Brassens. Le patriotisme sans haine de Manouchian l’immigré résonnera d’un écho plus contemporain dans le cœur de mes ados, souvent porteurs d’idéaux universels.

  • En plus de votre question naïve sur "l’Arménien", on pourra se poser la
    question encore plus logique/dérangeante : pourquoi envoyer une lettre
    passant par la Gestapo à qqu’un recherché par la Gestapo et toujours
    dans la Résistance ?

    • Cher Vincent,

      D’une part, je ne sais pas au juste si Mélinée était identifiée comme résistante, sans quoi elle aurait été arrêtée elle aussi. Le livre de Pierre Seghers par exemple donne un grand nombre d’exemples de personnes suspectées, arrêtées, interrogées et relâchées faute de preuve, en plus de ceux qui ont été convaincus et exécutés. La Résistance pratiquait un cloisonnement strict des réseaux. Ce n’est pas la Gestapo qui a arrêté, torturé et exécuté le groupe Manouchian, mais la police française. Enfin la lettre de Manouchian est à replacer dans son contexte : chaque condamné a eu le "droit" d’écrire une lettre à un proche. Parents pour les uns, frères, épouses, amis, simples voisins pour les autres. Dès lors, ne pas utiliser ce "droit" pour écrire à son épouse n’aurait-il pas été également suspect ? Et si la lettre n’est pas écrite en arménien, c’est sans doute qu’elle devait passer à la censure. Mais il faudrait connaître précisément les conditions d’envoi et de réception de cette lettre, ce qui n’est pas mon cas… je tâcherai d’approfondir.