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Tout savoir sur la sexualité, homo ou hétéro, pour tous niveaux

Interventions de l’association Estim’ pour l’éducation à la sexualité

Des interventions personnalisées, qui répondent à toutes les questions des élèves

lundi 1er août 2011, par Lionel Labosse

Après les précédents comptes rendus d’interventions en milieu scolaire de l’association Contact, du MAG, de SOS Homophobie, d’Amnesty International et d’Éric Verdier pour la Ligue des Droits de l’Homme, voici enfin l’association Estim’, basée en Île-de-France, avec laquelle je n’avais pas encore eu l’occasion de travailler. C’est chose faite en 2011, pour une classe de première, en ma qualité de prof principal. Je rappelle le principe de ces comptes rendus : il ne s’agit pas d’attribuer des bons ou mauvais points, mais de fournir une sorte d’instantané critique et subjective sur une intervention en un temps et en un lieu définis. Mon opinion générale est d’ailleurs simple : toutes les interventions que j’ai pu « tester » me semblent fort positives dans leur diversité, et si ces comptes rendus peuvent être utiles, c’est pour permettre aux collègues de choisir, en fonction de leur public, de leur investissement, de la façon dont ils souhaitent articuler une intervention avec leur enseignement, et surtout… des contingences et des disponibilités des trop rares bénévoles, qui, tous, méritent nos remerciements et notre admiration. À noter : Estim’ a reçu en mai 2010 l’agrément national « Éducation nationale » pour une durée de 5 ans, au titre de la lutte contre l’homophobie, même si Estim’ intervient de façon globale sur la sexualité et l’estime de soi, en s’engageant à aborder systématiquement l’orientation sexuelle et l’identité de genre. C’est ce qui, peut-être la distingue du Planning familial, mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’assister à une telle intervention. Rappelons qu’il n’est pas obligatoire qu’une association ait cet agrément pour intervenir dans le cadre scolaire.

Pourquoi une intervention ?

Chose étonnante, j’ai passé cinq ans dans un précédent bahut, sans avoir été désigné une seule fois « prof principal », ce qui ne m’a pas empêché de diligenter des actions contre l’homophobie ou des projets pédagogiques, tout en étant conscient que ma réputation de prof engagé dans cette cause était, pour une direction réticente sur la question, un bon prétexte pour soutenir mollement mes initiatives, surtout lorsque – cela se produit inévitablement quand vous touchez à la sexualité – un élève ou un parent se permet une remarque. Dans ce nouvel établissement, chose étonnante, la direction est on ne peut plus en pointe sur les questions d’éducation à la sexualité, de lutte contre l’homophobie, de relations filles-garçons, etc., et du coup, les modestes initiatives que je puis avoir sont soutenues et encouragées, et me voilà à nouveau « prof principal », ce que j’avais toujours été depuis le début de ma carrière, sauf pendant ces cinq années dans ce précédent établissement – mais ne voyons pas là une discrimination, bien sûr. Bref, excusez ces considérations nombrilistes, et revenons au sujet. Comme avec cette classe de première littéraire et dans ce contexte favorable, je m’étais senti les coudées franches, j’avais osé franchement aborder la sexualité par divers travaux sur des textes littéraires, par exemple l’étude de Un barrage contre le Pacifique et de L’Amant, de Marguerite Duras, mais aussi une séquence sur l’homosexualité au siècle des Lumières, que je n’avais jamais jusque-là osé traiter entièrement, avec les textes de Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Bentham. Tout cela strictement dans le cadre de la circulaire n°2003-027 DU 17-2-2003 sur L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées, qui stipule en son alinéa 2.1. : « Dans les enseignements, à tous les niveaux, les programmes des différentes champs disciplinaires - tels que la littérature, l’éducation civique, les arts plastiques, la philosophie, l’histoire, l’éducation civique juridique et sociale… – offrent, dans leur mise en œuvre, l’opportunité d’exploiter des situations, des textes ou des supports en relation avec l’éducation à la sexualité selon les objectifs précédemment définis. » J’ai également proposé cette année un sujet de bac sur l’autobiographie centré sur le thème de la sexualité.
Bref, le chef d’établissement me prévient qu’une personne a appelé, sans souhaiter décliner son identité, estimant que la sexualité était trop souvent abordée dans les cours de français. J’ai donc estimé nécessaire de proposer avec ma collègue (dans ce lycée classé « sensible », il y a deux profs principaux), sur ce qu’on appelle « heures de vie de classe », une séance avec une association, et l’association Estim’ m’a semblé la plus à même de compléter ce qui avait été fait en cours, et éventuellement de permettre à la personne en question de comprendre la cohérence du projet. Après l’intervention, j’ai demandé aux élèves s’ils avaient été satisfaits, et leur ai fait part de ces appels (la personne avait appelé une seconde fois) ; ils (ou elles) ont été unanimes à acquiescer, certain(e)s ont précisé malicieusement qu’ils n’avaient rien appris et ne se sentaient pas concernés, et ils se sont montrés étonnés qu’un parent ait appelé à ce propos ; quant aux textes étudiés, une élève a estimé qu’elle avait appris des choses, une autre que c’était intéressant de voir que la sexualité ce n’est pas que de la biologie, etc. Donc tout va bien, mais quand on aborde la sexualité en cours, il est inévitable qu’il y ait un grain de sable, c’est pourquoi il est préférable d’agir dans le cadre d’un projet d’établissement, comme le prévoit ladite circulaire, et de ne pas tomber sur une hiérarchie qui ait envie de se saisir de l’inévitable grain de sable comme d’un rocher ! L’éducation à la sexualité est trop souvent « oubliée » dans les établissements, comme une patate chaude que chacun renvoie aussitôt après l’avoir reçue. Cette circulaire en est sûrement paradoxalement la cause, bien qu’elle parte d’un principe pragmatique que je trouve fondé : il n’est pas idiot que ce thème sensible soit abordé par les enseignants qui se sentent à l’aise avec, et peu importe que ce soit un prof de langue ou de français ou d’histoire-géo. Pas comme le professeur du lycée de Manosque révoqué en avril 2011 pour avoir fait subir à ses élèves un prosélytisme violent contre l’avortement. Revenons à nos moutons.

Présentation de l’intervention

L’association Estim’ n’a pas de « clé en main » et prépare chaque intervention spécifiquement selon la demande de l’équipe éducative et les questions posées par les élèves. Avec ma collègue nous avions donc demandé aux élèves trois semaines à l’avance de poser leurs questions par écrit, après avoir présenté l’association en nous basant sur sa charte, qui nous a été envoyée après notre demande (on la trouve aussi sur le site de l’association). Cela laissait le temps aux intervenants de préparer, mais d’un autre côté, en attendant, les élèves avaient peut-être oublié leurs questions (dont certaines, il faut le dire, étaient fantaisistes ou un tantinet provocatrices…), et l’on perd peut-être en spontanéité ce que l’on gagne en précision. Voici les questions telles qu’elles (cela peut évidemment être complètement différent selon les niveaux et les profils des élèves ; ce n’est qu’un instantané).

Comment avouer ses sentiments à quelqu’un qu’on aime ?
Comme faire si la personne qu’on aime est déjà prise ?
Comment avoir confiance en soi, face à la personne qu’on aime et qui nous intimide… c’est-à-dire ne plus se sentir complexée ?
Je suis plus attiré par les personnes âgées que par les jeunes de mon âge, est-ce grave pour ma sexualité ?
J’ai eu de nombreuses relations avec des vieux hommes, suis-je bizarre ?
J’ai de l’attirance pour un de mes professeurs, que faire ?
Pour atteindre l’orgasme, est-ce qu’il est obligatoire d’avoir des rapports avec un homme ?
Est-ce que faire l’amour est bon pour la santé ?
Comment bascule-t-on dans l’homosexualité, l’influence ?
Peut-on sortir de l’homosexualité ?
Je suis une fille et aimerais savoir quelle est la raison pour laquelle les filles me draguent ?
Pensez-vous que 2 hommes et 2 femmes peuvent élever un enfant ?
Comment faire des bébés entre filles ?
Comment vivent les enfants de parents devenus homosexuels ?
Quand on devient transsexuelle, au niveau de l’État, ça se passe comment ?
J’aimerais connaître la procédure pour changer de sexe,
Peut-on porter plainte pour attouchement lorsqu’on se fait toucher par un inconnu dans la rue ?
Quelles sont les conséquences qui peuvent suivre à cause de la maladie du baiser ?
Est-ce que la masturbation féminine/masculine peut donner des maladies ?
Peut-on mourir d’une maladie sexuellement transmissible mis à part le Sida ?
Pourquoi au jour d’aujourd’hui y a-t-il toujours des personnes sexistes ?
En quoi la femme ne serait pas égale à l’homme ?
Pourquoi un hétéro qui défend les homosexuel-les est pris pour un homosexuel ?
Pourquoi le mariage homosexuel n’est pas autorisé en France ? serait-ce des êtres inhumains, non citoyens ?
J’ai surpris un professeur et une élève, et depuis je me demande si je dois le faire aussi pour avoir de bonnes notes ?
Mon professeur semble attiré par la sexualité, dois-je m’inquiéter ?
Comment faire si on en a marre de notre vie scolaire ?
À quoi sert votre association ?

L’intervention se déroule dans un lieu agréable (une salle de classe, ou une salle de réunion) ; il faut de quoi projeter des extraits de films ; les adultes et les jeunes sont disposés en cercle. Il y a deux intervenants pour l’association.

Déroulement

L’association envoie avant l’intervention un très sérieux « déroulé », qu’elle s’efforce de respecter. Il s’agit de répondre aux questions classées par catégories, en s’appuyant sur quelques extraits de films. En l’occurrence, c’était assez institutionnel, des clips ministériels sur l’éducation à la sexualité, et un documentaire réalisé dans un lycée agricole sur les jeunes et la sexualité. L’homosexualité était absente des documents projetés, mais a été dûment abordée par les intervenantes, notamment au moyen de l’évocation de cas concrets (des « amis », ou « couples d’amis homos ») qui ont touché les élèves. Un tour de table initial permet à chacun de se présenter d’une manière conviviale, puis on pose les règles de fonctionnement précisées dans la charte – confidentialité, pas de tabous mais des mots « entendables » par tous, pas de moqueries ou de rires sur autrui, prise de parole assumée (« je » préféré à « on »).
Lors de la diffusion des films, j’ai entendu un aparté d’élèves ironisant sur l’expression « des jeunes comme vous » utilisée par l’intervenante. En effet, ces jeunes de lycées agricoles ne sont pas d’apparence semblable à nos élèves d’un lycée « sensible » de la région parisienne. Mais cette remarque a été vite oubliée, car effectivement leurs témoignages montraient qu’ils étaient « comme nous ». Cependant, les associations intervenant en milieu scolaire ont souvent fait part de cette difficulté du peu de documents vidéo disponibles pour s’adapter aux différents publics… Espérons que quelques subventions utiles le permettent par la suite, ou que des télévisions publiques s’intéressent à la question, et produisent des émissions libres de droit.
Pendant la séance, il se trouve que tous les garçons sauf un s’étaient placés ensemble (attention, dans cette classe typique de 1re L, il n’y a guère de comportements de type « macho »), et l’intervenante avait tendance à s’adresser spécifiquement « aux garçons » et « aux filles » ; interrogée à ce sujet, elle m’a expliqué que c’était volontaire, pour les titiller mais aussi pour les rassurer [1]. La discussion était un peu molle du côté des élèves (peut-être à cause de la préparation des questions trop en amont ?), mais tous étaient intéressés et ont participé (je n’ai pas relevé d’élève complètement en retrait ou désapprobateur), et des sujets variés ont été abordés, rarement entendus par le professeur plan-plan que je suis. C’est ainsi que je sais tout sur la façon de draguer entre ados au XXIe siècle : les déclarations par SMS ou Internet, la durée des approches (3 semaines, un mois). J’ai également appris la présence de « frotteurs » dans le métro (des élèves empruntent la ligne 13, toujours bondée, pour se rendre au lycée).

Appeler un chat un chat

Il est question d’amour et de sentiments, mais quand cela s’avère nécessaire, les intervenantes distillent avec beaucoup de compétence les informations sur la sexualité génitale, avec un langage précis et technique, sans tomber dans l’excès de biologie. Les mots « clitoris, éjaculation, érection, zone érogène, orgasme, cunnilingus, pénétration anale » et beaucoup d’autres sont prononcés, ce qui évite le langage des fleurs très prisé jadis ! Un regret, quand l’intervenante a dit à peu près « le clitoris, tout le monde voit ce que c’est, inutile de faire un dessin ? », il est bien évident qu’il n’existe pas un ado au monde qui aurait le courage de répondre « si ». J’ai déjà eu l’occasion de regretter l’absence d’un tel dessin (je prends le mot au sens propre) dans un ouvrage consacré à l’excision. Ce serait vraiment une info utile, plutôt que de laisser nos élèves se contenter de films pornos pour découvrir les organes sexuels. Je ferais bien de feuilleter des manuels actuels de S.V.T. pour vérifier. J’aimerais d’ailleurs qu’une étude sociologique chiffre le nombre de fois où, dans le cadre des cours, un élève moyen rencontre par exemple le mot « clitoris ». Sait-on le traduire dans les langues vivantes étudiées ? J’ignore s’il est recommandé par les programmes actuels aux professeurs de langues d’aborder le vocabulaire de la sexualité, et à quel niveau ? En fait les programmes ne prévoient plus de travaux basés sur le vocabulaire ; mais ne pourrait-on pas imaginer que les multinationales qui fabriquent les manuels scolaires de langues vivantes (et de français !) aient un cahier des charges exigeant d’inclure des textes abordant les sexualités, et permettant de s’approprier ce vocabulaire utile ? En attendant, cliquons là !
J’ai été étonné par une réponse sur l’écart d’âge. Il s’agissait d’ailleurs, à mon humble avis, parmi les questions préparées, de questions provocatrices, peut-être posées par l’élève dont le parent avait appelé ? En se basant sur l’écart d’âge de la puberté entre les sexes, l’intervenante justifiait la recherche de partenaires légèrement plus âgés – alors que la question, du moins telle que je la comprenais, évoquait un écart plus grand – et concluait : « l’écart d’âge, c’est un passage à l’adolescence, et ce n’est pas grave ». J’ai trop entendu quand j’étais jeune d’affirmations inspirées par Dolto du type « l’homosexualité c’est un passage à l’adolescence, ce n’est pas grave », pour ne pas faire le lien entre les deux… Non, pour moi, il y a des personnes, minoritaires, qui sont attirées par des personnes plus âgées, de même qu’il y a des personnes, minoritaires, qui sont attirées par des personnes de leur sexe ! De même sur le sida, qui a été très brièvement évoqué suite à la question « Peut-on mourir d’une maladie sexuellement transmissible mis à part le Sida ? », j’ai regretté que l’intervenante ne reprenne pas cette question en expliquant que dorénavant, en France, on ne meurt quasiment plus de cette maladie si on suit un traitement (cela est encore plus vrai pour d’éventuels nouveaux contaminés, ce qui correspond à l’inquiétude d’adolescents). C’est bien sûr une démarche consciente de l’association de maintenir un discours alarmiste sur le sida ; ce n’est pas mon opinion, mais j’ai déjà longuement exprimé mon point de vue sur le sujet dans d’autres articles, par exemple celui-ci, et il est inutile d’y revenir, d’autant que ce genre de questions n’est pas vraiment la cible de l’association, et que de toute façon il aurait fallu une séance spécifique sur le sujet. L’intérêt de faire intervenir une association est précisément que le prof ne monopolise pas le discours sur la sexualité, et que les élèves sont confrontés à diverses sensibilités, et qu’ils ont l’occasion d’échanger entre eux dans un cadre sérieux (il est bien évident que je ne fais jamais part de mes idées sur cette question aux élèves, mais l’hypertrophie de la question du risque dans le domaine de la sexualité me répugne, et je m’efforce de mettre en avant les aspects les plus positifs). J’ai apprécié un échange sur la question « Est-ce que la masturbation féminine/masculine peut donner des maladies ? » : un élève a remarqué que ça pouvait au contraire en éviter, comme le cancer de la prostate ! De même, l’intervenante a évoqué les endomorphines sécrétées lors de l’orgasme, pour expliquer que la sexualité fait du bien… utile précision quand on sait la prégnance des « risques » dans l’éducation à la sexualité telle qu’elle est envisagée en France, malgré le progrès de la circulaire de 2003. Bref, Estim’ mérite bien son agrément par le sérieux et l’intérêt de son travail. Il serait utile, comme pour l’association Contact (ou d’autres), de prévoir des interventions sur tout un niveau d’un établissement, en fonction des possibilités de l’association, bien sûr. Mais plus je travaille sur l’homophobie, plus je constate que l’information sur la sexualité est un préalable.

- Lire une entrevue datée de 2008 avec la présidente de l’association Estim’, Véronique Soulié, sur le site de la Ligne Azur.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site de l’association Estim’


© altersexualite.com, 2011.


[1Certaines associations préfèrent séparer filles et garçons lors de leurs interventions. Ce n’est pas le cas, à ma connaissance, d’Estim’, d’ailleurs cela doit se pratiquer lors d’interventions sur plus d’une classe. Un collègue m’a expliqué que les filles par exemple, abordent plus facilement des questions intimes ou taboues lorsqu’il n’y a pas de garçons.