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Quand la politique de la ville déraille

Vols de Vélibs & « Théorie de la Vitre cassée »

Vélib et Paris : un cas clinique

samedi 29 mars 2014, par Lionel Labosse

Vélibs vandalisés, prétendues « zones de sécurité prioritaires » aboutissant à repousser les problèmes de quelques dizaines de mètres, laxisme généralisé dans la lutte contre la petite délinquance, laxisme officialisé dans les incivilités à l’école, création imposée sans concertation populaire d’une « salle de shoot » dans le Xe arrondissement de Paris, stigmatisation des usagers plutôt que des délinquants ; absence totale de prise de conscience des perspectives de la délinquance des mineurs et des enfants : le bilan de nos matamores politiciens de la sécurité est pour le moins modeste. De Pasqua à Valls en passant par Sarkozy, la rodomontade médiatique dépourvue de la moindre efficacité sur le terrain reste le meilleur toboggan d’une ascension politique. Le vautour à deux têtes UMP ou PS qui plane sur notre pays et se partage le pouvoir depuis 30 ans en France ignore totalement la notion de « Théorie de la vitre brisée » qui semble pourtant avoir eu des résultats tangibles à New York ou au Royaume Uni. Tentative de réflexion critique à partir d’observations d’un simple citoyen du XVIIIe arrondissement.

« La main à la pâte » version Vélib’

Alors que je dépose mon Vélib devant la piscine de la porte de Clignancourt dans le XVIIIe arrondissement de Paris, je suis interpellé par un petit black mignonnet, haut comme une bite à genoux. Ils sont cinq gamins, entre disons 6 et 9 ans. Le mignonnet demande candidement si je peux lui passer mon Vélib. Je m’approche et constate que – aussi mignonnet soit-il – le petit saligaud est en train de bricoler une bornette avec une tenaille, outil inapproprié autant que disproportionné dans ses mains de minot. J’avais entendu parler de ce type de vandalisation des Vélib, variante de l’arrachage des attaches, plus fréquent, mais je n’avais pas encore surpris un flagrant délit. L’Arsène Lupin se trouve être un Gavroche. Je réponds au têtard qu’il ferait mieux d’arrêter ce qu’il est en train de faire. Comme le doyen du groupe — 9 ans — est juché sur un superbe vélo tout terrain, et qu’il s’agit de mômes pas agressifs ni vulgaires, à qui on donnerait le bon dieu sans confession, j’entreprends une leçon de morale : « Qu’est-ce que vous diriez si quelqu’un cassait ou volait votre vélo ? » Les morveux ne se démontent pas, et argumentent avec une candeur désarmante : « Ben, nous on n’a pas de carte ». « Vous n’avez qu’à demander à vos parents d’en acheter, et puis de toute façon les Vélibs sont interdits en dessous de 14 ans, c’est trop lourd pour vous ». Les mômes n’insistent pas : « C’est bon, Monsieur, on s’en va ». Et le pire, c’est qu’ils s’en vont !
C’est la deuxième fois que je surprends des mômes qui vandalisent des Vélib. La première fois, cet été (qui a connu une recrudescence absolument délirante), c’étaient trois mômes, hauts comme deux bites à genoux, dont le plus âgé donnait un cours au plus petit sur la meilleure façon de taper pour arracher un vélo. Je les avais chassés, mais ceux-là avaient répondu de façon agressive ; on était en terrain connu [1]. Ce qui m’étonne chez cette giroflée de mômes-là, c’est l’apparente bonne foi : ils semblent croire réellement aux conneries candides qu’ils dégoisent. D’ailleurs, le mignonnet apprenti mécanicien, avant de s’éclipser, range docilement sa tenaille dans son petit sac à dos, sans doute le sac qu’il porte à l’école et dans lequel le prof a l’interdiction absolue de fouiller même s’il constate qu’un élève dans sa classe a volé un autre élève ou lancé une boule puante. À moins qu’il ne bénéficie d’une action pédagogique, du type « la main à la pâte », où on lui apprend comment bricoler en milieu hostile ? En juillet 2014, je suis témoin cette fois-ci d’une vandalisation complète. C’est vers six heures du matin, sur une borne située dans un lieu relativement isolé. Deux ados démolissent une attache à coups de pieds. J’interviens, mais je me fais menacer, insulter, cracher dessus. N’ayant pas envie de passer ma journée soit à l’hôpital soit à la police, je continue mon chemin, et les délinquants arrachent leur vélo, et montent à deux dessus. Ont-ils craint que j’appelle la police qu’ils n’aient pas cassé une deuxième attache ? Je remarque que la tendance actuelle de Decaux est de remplacer le plus vite possible les centaines d’attaches cassées, sans faire de vagues, à nos frais bien sûr. Toujours pas de vidéosurveillance, l’heure est au laxisme, normal avec M. Valls, délinquant routier notoire à la tête du gouvernement. Quelques jours après, je remarque à la station de la place Hébert, en plus des attaches cassées, pas moins de sept vélos vandalisés, pliés en deux, non pas pour les voler, mais pour le seul plaisir de casser. Allez-y les gars, c’est le contribuable qui régale…

Vélos en libre service à Rome.
- Cette illustration m’est fournie par un voyage à Rome. Il s’agit d’une station de « bike sharing » dans le parc de la Villa Borghèse. Je n’ai trouvé sur Wikipédia en français ou en italien aucune information à ce sujet, et j’en suis donc réduit aux conjectures. J’ai vu une autre station avec deux ou trois vélos complètement vandalisés. Je n’en ai vu aucun en circulation, et j’ai photographié cette station avec des vélos recouverts d’une grande bâche, mais impossible de savoir si c’est parce que le système a été rendu inutilisable pour cause de dégradations, ou si c’est parce qu’il est en cours d’installation, hypothèse peu réaliste, car en ce cas, les vélos seraient installés au dernier moment. Si vous avez des infos, n’hésitez pas à me les transmettre.

« Ne tentez pas les pickpockets »

En sortant de la piscine, comme la borne est vide d’aucun Vélib valide (il y en a comme d’hab quatre ou cinq inutilisables, selle retournée ou pas, en plus des bornettes bloquées par le débris d’une attache arrachée), je me fraie un passage parmi les vendeurs à la sauvette de montres, téléphones, ceintures, etc., qui fourmillent sur le trottoir, et j’entre en prenant mon courage à deux mains dans le hall du métro Porte de Clignancourt, terminus de la ligne 4. La dernière fois que j’étais entré à cette station, il y a trois semaines, harcelé par les dizaines de revendeurs à la sauvette de tickets de métro et autres toxicos, j’avais dû renoncer à charger mon abonnement, car pour la première fois dans mon expérience de Parisien, je ne m’étais pas senti assez en sécurité pour sortir ma carte bancaire sous les yeux de quidams un peu louches collés au distributeur. Étonnement : aujourd’hui, on dirait un endroit normal, certes dégueulasse (on reste dans le métro parisien), mais point de harcèlement. Je comprends vite, c’est à deux blacks estampillés « sécurité », dont un avec un chien muselé, qu’on doit ce miracle. Les employés de la station sont sans doute soulagés, parce qu’eux vivent cet enfer 35 heures par semaine. Quant aux blacks « sécurité », souvent des immigrés en situation plus ou moins régulière exploités par des sous-traitants sur lesquels on est peu regardants [2], ce sont peut-être les pères des gosses de tout à l’heure, qui n’ont pas le temps de s’occuper d’eux tellement ils font d’heures ?
Voici l’interminable changement de ligne de Marcadet-Poissonniers, ce couloir coupe-gorge tapissé ras-la-gueule de publicités de Media Transports truffées d’eye-tracking, qui me donne l’impression d’être un étron se frayant la voie dans un côlon [3]. Une chance — jusqu’à quand ? — la pub auditive n’est pas encore d’actualité, mais je n’ai aucun doute que les malfrats qui nous dirigent y songent, d’ailleurs c’est déjà le cas depuis bien longtemps sur les quais de RER [4]. Juste le temps d’entendre 3 fois le fameux message en 4 langues nous intimant, avec ses trois verbes à l’impératif, l’ordre suivant : « Ne tentez pas les pickpockets. Fermez vos sacs, et rangez soigneusement votre portefeuille ». Sur les quais de la station ligne 12 stationnent selon les jours et les heures des grappes de toxicos complètement ravagés, qui fument, boivent de la bière, hurlent, puent, s’apostrophent, apostrophent les passants, et font l’aumône d’une façon d’autant plus agressive qu’ils sont plus nombreux [5]. Mon amie Catherine qui venait chez moi régulièrement depuis dix ans et n’est pas du genre craintive, a eu peur la dernière fois qu’elle est rentrée chez elle le soir. Désormais, elle hésite à venir seule par le métro, d’autant que le cancer l’a fragilisée. Nous devons cette nouveauté à la géniale idée de « Zone de sécurité prioritaire » créée par notre brillant ministre de l’Intérieur à la Goutte d’Or. Comme le balayeur négligent qui pousse la poussière sous le tapis, le ministre a poussé toxicos & prostituées ghanéennes de quelques dizaines de mètres. Quel intérêt ? L’autre jour, j’ai quand même vu des gilets verts de la RATP (moins anxiogènes que les robocops) chasser quelques-uns de ces toxicos-alcoolos, mais c’est un coup de pied dans une meule de foin. Mon amie passera donc désormais par La Chapelle.

Un plus pour le quartier : la « salle de shoot »

Dans le même style, et juste à la lisière de ladite zone, nous autres habitants du quartier avons appris que le fait que nous votions à 70 % pour le pantouflard Daniel Vaillant, indéboulonnable député depuis 1988 et maire de 1995 à 2014, nous vaut d’être sélectionnés pour bénéficier du voisinage charmant de la première « salle de shoot » de France, implantée dans le Xe arrondissement, mais à quelques mètres de la circonscription de l’ancien ministre de l’Intérieur, favorable à la pénalisation du cannabis quand il fut ministre, à la dépénalisation dès qu’il ne le fut plus, puis à nouveau à la pénalisation dès que son poulain Hollande fut élu. Ce véritable exemple socialiste de non-cumul des mandats et de courage politique milite donc pour que notre quartier bénéficie, avec le Xe, de cette manne. Comme expérimentation en France, le fait de choisir la plus grande ville, et dans cette grande ville, d’implanter une seule et unique salle, sans la moindre concertation des riverains, c’est pas mal. Jusqu’en avril, l’endroit n’était pas choisi, et on reconnaissait dans [cet article-http://vih.org/20130404/bientot-salle-consommation-moindre-risque-paris/57817] que « les promoteurs de la SCMRE se refusent à préciser le lieu d’implantation envisagé, arguant que sa réussite dépend aussi du travail fait en amont avec les riverains et les forces de police ». Pour le travail en amont, c’est pas mal : l’APHP s’est opposée à l’implantation de la salle dans les locaux de l’hôpital Lariboisière, juste à côté, et tous les riverains (pourtant majoritairement « de gauche ») sont contre. Ils ne sont pas contre l’expérimentation, mais contre le fait qu’elle se fasse à cet endroit-là. Ce choix ressemble un peu à une volonté de démontrer par un exemple de ratage programmé que ça ne peut pas fonctionner. Et cela en même temps qu’on nous propose l’abolition de la prostitution ! On va autoriser l’injection d’héroïne dans un quartier où le cannabis, largement consommé, est pénalisé ! N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ? Le principe est le même que pour le mariage gay : ceux qui sont contre sont « de droite », et tout débat est écarté. Je vous préviens, au cas où vous ne vous en seriez pas rendu compte : vous lisez un article « de droite ».
Figurez-vous, nous a-t-on appris au cours d’une réunion publique organisée par l’association « Vivre gare du nord et est » en septembre 2013 que grâce à cette, je cite, « salle de consommation à moindre risque » (« salle de shoot » en novlangue), le Xe arrondissement (et le XVIIIe et le XIXe ?) bénéficierait de 30 policiers supplémentaires. Les policiers supplémentaires, c’est un peu comme le prix des Vélib, ça dépend du bénéfice qu’on entend tirer de l’effet d’annonce. En général ils arrivent après une diminution beaucoup plus discrète des effectifs (trop de fonctionnaires !). Mais cette opération médiatique « de gauche » permettra de cacher le démantèlement de l’hôpital Fernand-Widal, situé à 300 mètres de cette salle, beaucoup moins médiatisé que celui de l’Hôtel-Dieu. Quant aux riverains, quand la salle fermera, à 22h (oui, j’ai bien dit 22h : c’est l’heure où les toxicos rentrent chez eux pour dormir et se lever tôt pour aller au boulot), ils devront s’en accommoder. Cela donnera des scènes cocasses, assurément au moment de la sortie des spectateurs (tous de gauche, et donc tous favorables à ce projet « de gauche ») du théâtre des Bouffes du Nord, situé à 50 mètres de l’entrée de la salle de shoot… Mais j’y pense : c’était précisément par cet endroit-là que mon amie prévoyait de passer pour venir me voir. Espérons que les toxicos du métro Marcadet-Poissonnier viendront en masse à cette salle. Mais après 22h ? Ah non, c’est vrai, j’oubliais que dans l’article ci-dessus, on précise que « Les mineurs, les personnes en état d’ébriété, trop agitées ou déjà "sous produits", celles qui exigent d’utiliser leurs propres matériels et de pouvoir récupérer leurs "cotons", celles qui ont l’intention d’injecter dans des sites inappropriés (abcès, ulcères, parties génitales, etc.) seront refusés ». Tiens, on n’acceptera donc que les toxicomanes propres sur eux ? Mais alors quel est l’avantage pour le quartier ? Nous aurons donc double bonus : les « bons » toxicos dociles dans la salle de shoot, et en plus les « mauvais » dans les escaliers de la Gare du Nord. Mais les recalés, ceux qui seront « refusés » : imagine-t-on dans les hautes sphères qu’ils vont s’en retourner la tête basse directement chez eux ? Le projet actuel prévoyait tel qu’il fut présenté au début, une zone de tolérance autour de la salle (incluant donc le théâtre, mais aussi le métro La Chapelle avec son autre couloir coupe-gorge) où la possession de drogues serait tolérée. Lors de la dernière réunion mentionnée ci-dessus, le commissaire de police du Xe arrondissement prétendait qu’il n’y aurait aucune zone de tolérance autour de la salle, ou alors de quelques mètres. Comme d’autre part la salle ne proposera pas d’héroïne médicalisée, les produits consommés dans la salle tomberont sans doute du ciel. Bref, le lieu est-il bien choisi ? [6]
Je vais me faire incendier par la gauche laïcarde, mais je vais me permettre un parallèle : lorsque les « prières de rue » des musulmans dans le quartier de la Goutte d’Or ont défrayé la chronique, le problème a été réglé en louant à la communauté musulmane un grand local dans l’extrême nord de Paris, dans un endroit difficile d’accès (il faut voir le bus PC se remplir à la sortie de la prière). Il n’y a plus aucun problème. Dans la perspective du droit de vote accordé aux étrangers non-communautaires, les futurs candidats « de gauche » devront quand même expliquer à nos concitoyens musulmans pratiquants comment il se fait que pour leur louer un lieu de culte, on leur a trouvé un endroit excentré auquel ils doivent se rendre après ou pendant leur travail – il n’y avait vraiment rien de plus proche, juré, craché ! — alors que pour expérimenter aux frais du contribuable une salle de shoot pour tous les toxicos de Paris, on leur a dégotté un emplacement en plein cœur de la capitale, à deux pas de la Goutte d’Or ! Ça leur permettra, sans doute, d’être plus proches de leur lieu d’exercice…

Vélib : l’usager puni

J’arrive à ma station de métro, Marx Dormoy. En prenant mon sac à dos, je me rends compte avec horreur qu’une poche était précisément restée ouverte dans mon dos ! Cette fois-ci, je l’ai échappé belle : aucun robocop de la RATP ne m’a pris la main dans le sac ouvert : j’aurais pu écoper d’une sacrée amende pour avoir commis le délit de « tenter les pickpockets ». Ouf ! À la sortie, je passe devant la station Vélib de la rue Riquet, pour constater avec consternation qu’elle est à nouveau « fermée provisoirement suite à des actes récurrents de vol et de vandalisme ». C’est tout récent, car je l’ai encore utilisée la veille ; nous sommes le 20 septembre, et elle est annoncée fermée jusqu’au 14 octobre. Or elle vient d’être déjà fermée pour les mêmes raisons, ainsi que plusieurs autres dans le quartier, à peu près du 20 juillet au 20 août. La station la plus proche, rue Pajol, est également fermée. Deux stations de suite ! Vu que ces stations sont toujours pleines le soir, et qu’on est déjà souvent obligés de tourner cinq minutes pour se garer dans le quartier, il va devenir impossible de prendre un Vélib pour rentrer, au risque de devoir retourner se garer à la borne où on l’a emprunté ! [7] Encore une fois, c’est à cause de nous ; on est punis parce que des mômes de 7 ans habiles de leurs mains démontent les bornettes. C’est promis, monsieur le juge, je ne le ferai plus, la prochaine fois que j’achèterai un appartement de 300 mètres carrés, ce ne sera plus dans un quartier populaire, mais dans le 8e arrondissement, ce havre de paix où les Vélibs ne sont pas vandalisés, et où les professeurs d’écoles apprennent la conjugaison du verbe « papa pique et maman coud » plutôt que « papa se pique et maman coule » ! Et puis, passe pour la station de la ru Pajol, qui est un peu en retrait, mais la station de la rue Riquet est à un endroit de passage extrêmement populeux, devant des commerces, à la sortie du métro, en vue d’un énorme carrefour. Mais c’est vrai que dans le XVIIIe nous subissons le contrecoup de la crise. Par exemple, depuis quelque temps, en soirée, il n’y a plus aucune présence humaine permanente de la RATP dans le métro Marx Dormoy. Après une première étape où l’on nous avait supprimé le guichet et laissé uniquement des distributeurs, la 2e étape s’est faite discrètement : plus d’agent d’accueil le soir… à l’heure où les toxicos investissent la station. Et j’en profite pour rappeler ce que j’expliquais dans mon article sur la Gare du Nord : toujours aucun siège dans cette station ; mieux : l’un des deux « appuis ischiatiques » sur l’un des deux quais, cassé, a disparu, et n’a jamais été remplacé. On ne peut même plus s’appuyer !

Messages subliminaux

Du coup, quand je veux sortir le soir, je suis contraint de prendre le bus pour rejoindre la gare du Nord. Un 302 passe devant la station sans s’arrêter. Cela fait un an que la ligne est détournée pendant les travaux du nouveau bâtiment de l’Institut des Cultures d’Islam [8], qui va heureusement bientôt ouvrir. Mais pendant cette année entière, le bus détourné n’a jamais marqué l’arrêt à la station Marx Dormoy, où il aurait pourtant rendu un fier service public sur cette portion surchargée. Rendre service au public, voilà une idée révolutionnaire qui ne traverse plus guère l’esprit des décideurs de la RATP. Je patiente donc jusqu’à l’arrivée d’un 65 ou d’un 35. Chouette, en voilà un, et pas bondé ; il a l’air de rester quelques places assises. Je monte scrupuleusement « par les portes avant du bus », comme m’y invite poliment un message enregistré qu’on nous fait subir à peu près cinquante fois si l’on fait un trajet de vingt minutes, et encore heureux, le décideur de la RATP qui a eu cette brillante idée, n’a pas fait traduire le message en 4 langues, comme celui sur les pickpockets. Il a sans doute eu pitié des touristes qui doivent comprendre les charmes de notre merveilleux pays — le pays de Descartes — où dans les bus courts il est interdit de monter par les portes arrières, mais où dans les bus longs, il faut monter par les portes arrières ! Je m’excuse auprès de la chauffeuse de tenter de valider mon passe « sans quoi je risque d’être verbalisé », car ce faisant, je ralentis le flux de ceux qui me bousculent sans valider un titre de transport dont l’achat semble facultatif et réservé aux seuls bobos. Il y en a qui sont énervés que ma lenteur les empêche de se précipiter sur les places assises. Quand je parviens « à avancer vers l’arrière du bus », comme me le demande poliment un autre message concocté par nos amis des bureaux de la RATP, il ne reste plus de siège ; ceux qui sont montés par les portes arrière sans valider de billet ont été plus rapides que moi. Que voulez-vous, on se fait vieux. Je me tiens comme je peux à une barre, et j’entreprends d’ouvrir un livre et de sortir mes lunettes, mais c’est un livre compliqué, et à peine tenté-je de comprendre la première phrase, que retentit un nouveau message : « nous vous rappelons que les titres de transport doivent être validés ». Ah, je me disais aussi… et en une seule langue, chance. Seuls les francophones, peut-être, seraient concernés ? Déconcentré, je renonce à lire, d’ailleurs la chauffeuse est une stakhanoviste du message enregistré ; elle appuie de façon compulsive sur les boutons, et ne nous laisse pas dix secondes de répit entre les différentes annonces. Ça fait longtemps, songé-je avec nostalgie, que je n’ai pas entendu celle sur les poussettes à morveux, censées être limitées à deux par bus. Vous imaginez, dans ces bus bondés où les paniers gonflés de victuailles et les chariots de courses à roulettes s’encastrent dans les poussettes à bébés, une pauvre mère de famille se dévouer pour céder la place, surtout quand elle paie son billet et qu’elle sait pertinemment que dans ce bus bondé il y a une quinzaine de passagers sans billets qui ne lui céderaient jamais leur place assise, alors qu’elle est enceinte du suivant. On a dû renoncer à ces annonces, les plus ridicules de la série, mais si j’étais un décideur qui s’emmerderait dans un bureau de la RATP, j’en pondrais une nouvelle claironnant qu’il est interdit de parler au machiniste, et je la traduirais en chinois, en espagnol, en anglais et en allemand, pour que les touristes qui seraient tenter de demander un renseignement y renoncent. Cette même semaine, je suis témoin d’un contrôle musclé dans un bus de nuit. Ce ne sont pas les contrôleurs habituels, mais une équipe de quasi-barbouzes, qui exsudent la violence par tous leurs pores. Au moins, cela semble efficace, et le bus se vide d’un tiers. Mais ces contrôles sont tellement rares que les 45 € d’amende sont ridicules, d’autant que l’on connaît par cœur les dialogues lors des contrôles normaux, où il suffit de dire avec aplomb qu’on « n’a pas de document d’identité sur soi », et après un échange digne de Pierre Dac, on vous demande de dicter « votre » adresse ! Seuls les boloss, bien entendu, ceux qui ont triché exceptionnellement, comme ça nous est arrivé à tous une fois ou l’autre, déclinent leur identité [9]. On vous enverra la note ! La probabilité pour un fraudeur professionnel de tomber sur un de ces contrôles musclés, les seuls efficaces, est très faible par rapport au prix de l’amende. Et ces opérations coup de poing, qui mobilisent un grand nombre de contrôleurs musclés de sexe masculin, épaulés par un grand nombre de policiers, coûtent bien plus qu’elles ne rapportent, et ne peuvent donc être qu’exceptionnelles. Mais revenons à nos moutons.

Vol de Vélib’ : un rite initiatique à 400 € pièce

Bref, rentré chez moi, je consulte le site de Vélib pour voir ce qu’il en est. La page d’accueil m’amène assez laborieusement vers un article intitulé « Vélib’ vandalisés, comment lutter contre le phénomène ? », dans lequel Julien Bargeton, adjoint au Maire, et Stéphane Thiébaut, chef de la division des déplacements en libre-service, font le point. Ils sont conscients de la gêne pour les usagers, le vandalisme étant surtout localisé, d’après eux, dans le nord-est et la banlieue limitrophe. Cela m’étonne : cet été, j’ai piqué une crise dans le XIIe, car j’ai dû tourner 15 minutes sur 7 stations avant de trouver une place unique, et à chaque fois, il y avait une ou plusieurs bornettes apparemment libres de loin, qui étaient en réalité neutralisées par des attaches arrachées. Et il ne se passe pas un jour sans que dans le centre de Paris, je tombe sur un vélo — le dernier de la station — aux pneus explosés, ou hors d’usage pour des raisons pas catholiques. Pour lutter contre, ces responsables évoquent vaguement une « surveillance par caméra », sans donner le moindre détail. Ils « essay[ent] aussi, en lien avec la Préfecture de Police, de mener des actions de communication et de sensibilisation, dans les écoles notamment ». Enfin, ils évoquent pour les « mineurs de 16 à 18 ans […] une mesure éducative en centre de réparation », dont on apprend dans d’autres articles qu’il s’agit de travailler un jour ou deux dans un atelier. On propose aux usagers de téléphoner au numéro de Vélib pour, je cite, « signaler un vélo volé ou abandonné ». Quant aux actes de vandalisme dont on pourrait être témoin en direct, on ne nous suggère rien du tout ; ce serait sans doute considéré comme de la délation. On apprend qu’un vélo est censé coûter 600 euros.
Un article de Libération du 12 août 2013, signé Guillaume Gendron, « Les Vélib’, plus volés que jamais », nous apprend que selon la mairie d’Aubervilliers, « Dans les quartiers, c’est un peu devenu un rite initiatique, un symbole de virilité pour les 13-16 ans que de voler un Vélib’ ». La mairie de Paris se serait « engagée avec JCDecaux à prendre en charge les frais au-delà de 5 % de dégradation ou de disparition du parc de Vélib’, à hauteur de 400 euros par vélo perdu ». Voici un petit calcul auquel le journaliste de Libé n’a pas songé : sachant que sur le site de Vélib, Stéphane Thiébaut déclare que « Le point culminant a été l’année 2009 avec 10800 vélos volés ou vandalisés », et que d’après Wikipédia, le parc serait en 2010, de 19600 Vélib, 5 % de 19600 = 980, reste donc 10800 - 980, soit 9820 vélos indemnisés à 400 € pièce, soit près de 4 millions d’euros. Autre calcul : 4 millions d’euros, c’est 138 000 abonnements Vélib d’un an à 29 €, et 210 000 abonnements réduits à 19 €, le tarif ultra compétitif proposé aux jeunes (à partir de 14 ans) et aux nécessiteux. Serait-ce de l’humour noir de suggérer aux édiles parisiens d’offrir discrètement à tous les apprentis mécaniciens et casseurs une carte gratuite (elle ne serait donc payante que pour les filles, rite de féminité oblige), ce qui reviendrait moins cher au contribuable… Pour 21 cartes offertes à des voyous en herbe, la collectivité économiserait le coût d’un vélo !
Cela n’est pas une blague, car un grand nombre de nos amis gauchistes vocifèrent en chœur pour la gratuité des transports en général, de Vélib en particulier. Ce que ces gauchistes propres sur eux oublient de nous dire, c’est d’une part qui paiera cette gratuité-là, quel impôt supplémentaire il faudra que les citoyens solvables paient pour cela. D’autre part, ces gentils gauchistes seraient fort aimables d’établir la liste des besoins primaires du primate humain qui mériteraient la gratuité, plus que les transports. La nourriture, le logement, que sais-je, l’orgasme ? Donc au prix d’une légère augmentation d’impôts de 500 % pour ceux d’entre nous qui les paient, ces amis gauchistes devraient militer pour que la bouffe, le logement, la baise, soient fournis gratuitement à toute personne qui en ferait la demande. Et bien sûr, point de discrimination. « Du caviar pour les clochards » ; « Le seizième pour les Bohèmes » ; « Des courtisanes pour nos vits d’ânes » ; tels seront les slogans de ces luttes futures.
Le prix m’étonne pourtant, car je me souviens bien à l’ouverture de Vélib, avoir lu que le prix de gros d’un vélo était autour de 70 € pièce, mais ne parviens plus à trouver la référence de l’info. En voici une vague trace (qui demande à être confirmée) dans un article de 2008 qui avait fait du bruit du Contre journal de Libé, signé Karl Laske et Manuel Petitdemange, « Vélib’, la face cachée », où un employé licencié évoquait les conditions de travail et les salaires de misère chez JCDecaux. Un commentaire évoque ce prix de gros, mais sans référence. Sachant qu’on trouve facilement des vélos dans les magasins à moins de 100 euros, on s’étonne que des vélos — certes beaucoup plus lourds et robustes — achetés par milliers puissent coûter 600 euros pièce, prix d’usine. Le même Guillaume Gendron nous apprend que « La ville d’Orléans a quant à elle fait chuter de manière drastique les dégradations avec un nouveau système d’attache et l’installation de caméras de vidéosurveillance. Des actions pédagogiques dans les collèges et une campagne de communication auprès des habitants des quartiers concernés devraient se mettre en place à la rentrée. » Un article de 2012 de Marianne, « Vandaliser des Vélib’ ne sert pas la lutte des classes ! » est le seul à faire état d’un épiphénomène étrange de prétendus activistes anti-Vélib du XVIIIe arrondissent. On est encore plus étonné d’apprendre dans cet article-là que contre ces activistes-là, des moyens de police scientifique et de vidéosurveillance sophistiqués seraient envisagés, alors qu’il n’en est pas question dans les articles consacrés aux dégradations massives enregistrées en 2013, à part cette très vague mention de caméras sur le blog de Vélib !

JCDecaux : opacité d’une société de com

Un article fort édifiant des Échos, « La facture salée du Vélib’ », nous apprend que la société publicitaire JCDecaux communique fort peu (étonnant pour une société de « com »). Citation : « ce type de marché manque de transparence. Difficile, en effet, de vérifier les statistiques transmises par l’exploitant en matière de vandalisme : la municipalité se contente de contrôles aléatoires. Impossible, par ailleurs, de savoir quel est le prix de revient d’un Vélib’ pour l’opérateur ». En effet, comment aligner un prétendu coût de 600 € par unité avec le fait que la caution pour louer un vélo soit seulement de 150 € ? Je serais un juge, ou un journaliste curieux de Mediapart, j’insérerais mon nez entre cet arbre et cette écorce… Un article de Cyclesud sur les vélos municipaux de Marseille confirme l’opacité de la société JCDecaux : « Le directeur régional de la communication extérieure de JCDecaux n’a pas souhaité divulguer le prix de revient d’un vélo (comme du coût total de l’opération "Le vélo") : « Pour des raisons confidentielles » a-t-il argumenté. Il nous a cependant précisé : « Le prix d’un vélo est supérieur à celui affiché dans le commerce ». […] Les vélos sont produits à Tószeg en Hongrie, une ville de 4700 habitants située à 120 kilomètres au sud-est de Budapest. C’est la multinationale néerlandaise Accell qui a obtenu le contrat de production via sa filiale française Lapierre. Cette dernière fabrique donc les vélos dans son usine de Tószeg où les ouvriers sont payés 350 euros par mois ». Je ne suis pas économiste, mais je doute que dans une usine moderne avec des ouvriers payés 350 €, on produise des vélos à 600 €… Qu’il me soit permis, en tant que citoyen abonné, de proposer une petite « grivèlerie éco-participative citoyenne »© à la ville de Paris : discrétos, sans le dire à JCDecaux, nous « perdons » nos Vélib. Nous payons illico recta la caution de 150 €. La ville « retrouve » immédiatement les Vélibs égarés (où avions-nous la tête !), et les revend à Decaux pour un prix d’ami de 200 €, tout bénef par rapport aux 400 € du contrat… Si ce n’est pas de la « démocratie participative »… Mais chut !

La France, eldorado de la fraude dans les transports

La France est championne du monde de la petite phrase politicienne assortie de la plus crasse inefficacité, selon le bon vieux Principe de Peter. Entre les Pasqua (« Nous allons terroriser les terroristes »), les Sarkozy (« kärcheriser les banlieues ») et les Valls avec ses « zones de sécurité prioritaires », c’est toujours le même blabla, toujours la même focalisation sur la prison ferme dans des conditions inhumaines pour quelques pauvres types qu’on dirait choisis au hasard, et l’impunité totale, voulue, organisée dans le plus grand laxisme, pour la délinquance quotidienne dans les quartiers que ne fréquentent jamais les politiciens ni leurs proches conseillers. Il semble que ces conseillers ne fréquentent pas davantage les transports en commun ou les quartiers populaires de villes aussi exotiques que Londres, New York ou même Rio de Janeiro. À Londres, capitale d’un pays connu, à l’instar de la France, pour ses émeutes et sa forte population immigrée, la proportion d’usagers en infraction et le taux d’incivilité que j’ai personnellement constatés dans les transports sont proches de 0 %, contre des chiffres sans doute au-dessus de 20 % en France, mais des chiffres tabous, y compris chez les politiciens qui se sont fait un fonds de commerce du blabla inefficace sur la délinquance. Les rares articles trouvables sur le sujet font état de chiffres invérifiables, et l’on se doute qu’il existe, venant de haut, des ordres stricts de ne pas dire la vérité sur le sujet. À Londres, c’est simple : chaque passager montre son titre de transport, ou valide son Oyster card sous les yeux du chauffeur. S’il voit des passagers qui montent par l’arrière ou se comportent mal (comme le simple fait d’être debout sur le pont supérieur où l’on doit être assis), il arrête son bus, s’adresse aux contrevenants, jusqu’à ce que le problème soit réglé, ou menace d’appeler la police. Et il n’y a pas besoin d’être deux ; des caméras permettent de surveiller le bus. Les bus parisiens aussi ont des caméras, mais on dirait qu’elles ne servent qu’en cas d’attentat terroriste, ou du moins à enrichir les actionnaires des sociétés de vidéosurveillance). À New York comme dans le reste des États-Unis, la politique de la « vitre brisée », connue aussi sous le nom trompeur de « tolérance zéro » menée par le fameux Rudolph Giuliani, a connu des résultats positifs depuis les années 1995. À Rio, ville réputée pour sa criminalité, j’ai pu constater qu’il était impossible, comme à Londres, de prendre un bus ou le métro sans ticket. Mais à Paris, celui qui s’acquitte de son billet, celui qui paie ses 29 € annuels pour utiliser autant de fois qu’il veut Vélib, est un « boloss ».

Théorie de la vitre brisée

Qu’est-ce que la « Théorie de la vitre brisée » ? L’expression provient d’un article publié en 1982 par les sociologues étasuniens James Q. Wilson et George L. Kelling. Un article de Sebastian Roché disponible gratuitement sur le site Persee.fr fait l’historique de cette notion. À noter que j’ai trouvé au hasard de mes lectures une anecdote qui est peut-être à l’origine de la notion. C’est dans Sur la route de Jack Kerouac, pourtant pas le genre à faire l’apologie d’une loi psychorigide : « On dépassa un petit gosse qui jetait des pierres aux autos sur la route. « Pense à ça, dit Dean. Un jour il balancera une pierre dans le pare-brise d’un type et le type ira s’emboutir et claquera, tout ça à cause du petit gosse. Tu me suis bien ? Dieu existe sans aucun scrupule » ». Quant à la préhistoire, j’ai trouvé dans un livre rare, Commentaires royaux sur le Pérou des Incas, de Inca Garcilaso de la Vega (1609), une explication de la façon dont les Incas pratiquaient la justice qui constituent une sorte de préhistoire, si ce n’est du nom, du moins de la chose : « Les Indiens disaient que les soins extrêmes qu’on apportait à châtier les premières fautes empêchait de commettre de nouveaux délits, et qu’il n’était pas possible qu’en un État où l’on ne se donnait point la peine d’arracher les mauvaises herbes dès leur naissance, il ne se commît une infinité de maux ». La notion de « tolérance zéro » me semble faire l’objet d’un contresens semblable à celui qu’on trouve dans la notion biblique « œil pour œil, dent pour dent », dite Loi du talion. On la présente souvent à tort comme signe de sauvagerie primitive : « ah !, tu me crèves un œil, alors tu vas voir, je vais t’en crever un aussi ». Dans le contexte réel dans lequel a été rédigée la Bible, ce slogan était plutôt à considérer comme un principe de modération qui s’opposait à une loi empirique dans le style : « pour un œil crevé, j’extermine la tribu entière de celui qui a crevé l’œil, enfants compris, et je viole les femmes ». De même, la « vitre brisée » est le contraire d’une sévérité sans bornes qui serait tournée exclusivement contre les classes populaires, mais doit être considérée comme la réaction saine d’un(e) « bon(ne) p/mère de famille » qui éduque son enfant et le punit de façon proportionnée dès la première bêtise, pour éviter une bêtise plus grave. Personnellement, j’aurais tendance à considérer que le fait de ne pas intervenir lorsqu’on est témoin d’une dégradation commise par un mineur devrait être assimilé à une « non-assistance à personne en danger ». C’est le travail des éducateurs et des juges pour enfants. Mais en période de vaches maigres, voilà des métiers bien inutiles sans doute. Dans plusieurs articles cités ci-dessus, on ne parle (sauf une exception) que d’adolescents, de mineurs de plus de 13 ans, or de mon côté, j’ai beaucoup plus souvent vu des mineurs de moins de 13 ans, voire beaucoup moins. Il n’est pas question de les mettre en prison, mais ne serait-il pas temps de revoir notre politique de prévention, et de ne pas laisser ces enfants gravir dans l’indifférence tous les degrés de la délinquance, de la bêtise au délit, du délit au trafic, etc. ? Les petits blacks bricoleurs par lesquels j’ai commencé mon article, ne peut-on pas les sauver si on les prend à temps, entre quatre-z-yeux, avec leurs parents ? Si on les laisse faire en se disant qu’après tout un Vélib volé ce n’est pas grave, que ça fait tourner le commerce, on tombe dans le sophisme de la vitre cassée mis en évidence au XIXe siècle par l’économiste Frédéric Bastiat, et qui, contrairement à une idée reçue, a un rapport certain avec la théorie de la vitre brisée. En effet, le laxisme de nos édiles prend souvent pour excuse officieuse que le maintien de la pénalisation du cannabis, par exemple, permet une économie de subsistance dans les « quartiers ». D’autres prétextes prétendument moraux poussent nos élus à une surenchère constante à propos de l’abolition de la prostitution. Cette réflexion à courte vue ne prend pas en compte « tout ce qu’on ne voit pas », selon Frédéric Bastiat : le manque à gagner des taxes sur la vente des drogues et sur la prostitution, les emplois que cela créerait si les produits étaient fabriqués en France, les économies de dépenses de santé permises par le contrôle sanitaire de produits légaux, l’économie de policiers et de magistrats occupés à réprimer des trafics inévitables, qu’on pourrait réaffecter à des tâches plus utiles à long terme, comme la prévention de la délinquance à la racine. On est devant un véritable choix de société. Le seul domaine où l’on ose appliquer la « tolérance zéro », mais sans aucun rapport avec la « vitre brisée », c’est la prétendue « violence routière », concept soutenu par des associations bidon. On affecte désormais des effectifs policiers démesurés pour terroriser les automobilistes, et surtout pour ramasser facilement un maximum d’argent, avec un coût social : on retire leur permis à des gens qui ont besoin de rouler pour leur travail. Si l’on affectait ces effectifs à d’autres missions, combien de violences sociales pourrait-on empêcher ? Cela alors que les politicards qui nous font subir cette répression se conduisent eux-mêmes comme les pires des délinquants routiers, en toute impunité, et les enquêtes annuelles d’Autoplus sont à peine reprises par les autres médias.
Un policier qui passe sans le regarder devant un enfant qui vole un Vélib, pour faire du chiffre en allant alpaguer un fumeur de pétard, une racoleuse, ou un automobiliste qui roule à 3 km/h de plus que la vitesse autorisée, n’est-ce pas le symbole même de l’inversion des valeurs d’une société qui déraille ?

- Le massacre de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 est un bon cas d’école du lien direct entre laxisme et terrorisme, comme l’a démontré un article du site Reporterre.
- Dans son conte philosophique Carnets d’un voyageur zoulou dans les banlieues en feu (Gallimard, 2008, 120 p., 7 €), Pierre Jourde imagine que les banlieues de la Nubie souffrent de l’ultraviolence d’immigrés belges et catholiques. Voici un paragraphe qui démontre le processus décrit ci-dessus : « En Nubie, les auteurs de petits délits sont très peu identifiés. Lorsqu’ils le sont, ils ne passent pas toujours en justice. Lorsqu’ils passent en justice, ils sont peu condamnés. Et lorsqu’ils sont condamnés, la peine est peu appliquée. […] Par conséquent, brûler des voitures, les voler, trafiquer de la drogue, tout cela s’enchaîne dans une continuité naturelle, quasi harmonieuse, tant sont rares les obstacles. En un mot, la société nubienne délivre une sorte d’autorisation tacite de délinquance. »

Lionel Labosse, le 28 septembre 2013.

- Sur un sujet proche, lire « La Gare du Nord et la goutte d’eau ». Lire un court billet sur le vélo à Paris, et un article « Signalisation des horaires de bus, un cas clinique ».
- Lire aussi un nouvel article : « Une femme agressée dans le métro : usagers tous coupables ! ».
- Je profite de cet article pour vous recommander le site institutionnel Signal-Spam, qui nous débarrasse des spams. Il suffit de les signaler, ce qui est très rapide une fois qu’on s’est inscrit. Il faut bien sûr donner ses coordonnées, car c’est un site officiel, et cela revient à porter plainte contre des personnes. Mon nombre de spams quotidiens a été divisé par dix en trois semaines ! Puis ça a recommencé…
- Un autre site à recommander pour signaler par exemple les sites qui font l’apologie du piratage informatique ou autres délits, internet-signalement.gouv.fr. C’est intéressant car il inclut Trafic illicite (stupéfiants, armes, etc.), Incitation à commettre des infractions, Spam, Injure ou diffamation, etc.. Quant au site Point de Contact, c’est aussi un site parapublic, mais limité au signalement d’abus moraux (crimes ou délits contre les personnes, infractions dites de "terrorisme", incitations au suicide, contenus pornographiques accessibles aux mineurs, incitation aux violences faites aux femmes). C’est délicat, car ces derniers points pourraient permettre de dénoncer tout et n’importe quoi et de nuire à la liberté d’expression.


© altersexualite.com, 2013.
Photo de vignette : j’ai vandalisé pour voler cette photo le site de David Henry. Tolérance zéro pour les voleurs de propriété intellectuelle !


[1Avec 20 ans de carrière dans les collèges et lycées « sensibles » du 93, je sais un peu de quoi je parle : la tendance officielle est de limiter au maximum les exclusions de cours et d’obliger les profs à s’accommoder des quelques emmerdeurs. Cela n’est pas grave : tous les gosses de riches et de politiciens – et de profs – sont dans le privé ou dans les établissements publics de centre-villes.

[2Lire à ce propos La Sardine du Cannibale de Majid Bâ, Arcane 17, 2011.

[3« L’issue, à la vérité, n’est pas pour notre forme si dangereuse. Cette porte qu’il faut passer n’a qu’un seul gond de chair de la grandeur d’un homme, le surveillant qui l’obstrue à moitié : plutôt que d’un engrenage, il s’agit ici d’un sphincter. Chacun en est aussitôt expulsé, honteusement sain et sauf, fort déprimé pourtant, par des boyaux lubrifiés à la cire, au fly-tox, à la lumière électrique. » « R. C. Seine n° », Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942.

[5L’utilisation de « puent » va me faire conspuer par les bonnes âmes ; mais ceux qui se sont déjà retrouvés assis à coté d’un clochard aviné dans un bus comprendront. Précisons que les stations de ces quartiers, comme Marx Dormoy ou Jules Joffrin, pourtant plus cossue, avaient et ont aussi leurs clochards ; mais la nouveauté c’est que ceux de la Goutte d’Or se sont ajoutés aux résidents précédents.

[6Je remercie mon « gorge profonde » qui me tient informé sur ce dossier ignoré des médias : il s’agit d’un ami ruthénois d’Essobal Lenoir du nom d’Erico Lusso.

[7Situation aggravée sans crier gare début octobre, avec la fermeture en cours (constatée le 7 oct.) de la station de la place Hébert et de celle de l’impasse de la Chapelle. Comme la station de la rue de l’Évangile est fermée également (là ça se comprend un peu, car elle est devant des bureaux totalement déserts la nuit), cela fait la jonction avec la Porte d’Aubervilliers. Aucun panonceau d’excuses, bien sûr, aucune explication en dehors de la phrase-type sur le vandalisme. La fermeture simultanée d’un réseau de stations successives n’est même pas considérée comme un problème spécifique devant donner lieu à une autre phrase-type d’excuses.

[8Précisons que ce lieu est laïc, de dimension modeste, et n’a rien à voir avec une mosquée : il n’y aurait pas eu la place sur cette parcelle.

[9À qui ça n’est pas arrivé de prendre le bus un lundi matin. Le valideur ne fonctionne pas, alors on monte la tête enfarinée. Deux minutes après, on se rappelle qu’on est le premier du mois, et qu’on a oublié, pendant le week-end, de recharger son passe… Horreur, nous voilà fraudeur !