www.altersexualite.com

Bienvenue sur le site de Lionel Labosse

Accueil > Livres pour les jeunes et les « Isidor » HomoEdu > Fictions jusqu’à la 6e > Ulysse, alias Easy Loup Galop, d’Ariane Bertouille

Deux mamans, et le papa ? Pour les petites classes

Ulysse, alias Easy Loup Galop, d’Ariane Bertouille

Les éditions du remue-ménage, 2012, 106 p., 11 €

samedi 14 décembre 2013, par Lionel Labosse

Six ans plus tard, nous retrouvons les personnages de l’album Ulysse et Alice, souris comprise. On en apprend plus sur les deux mamans ; il y a désormais une petite sœur, Béatriz, un meilleur copain, Max, et des camarades d’école. Il y a quelques vagues remarques homophobes entendues à l’école, et on commence, oh ! du bout de la plume, à s’inquiéter de l’existence de papas, mais pas le narrateur en herbe Ulysse, qui pour l’instant se contente de la version officielle selon laquelle il a deux mères et pas de père, affirmation martelée dans l’ouvrage, c’est dire si on y tient.

Ulysse est champion de trottinette au « roulo »(drome). Il s’est trouvé un surnom en référence à ses deux mères : « Rosa, que j’appelle Mamo, et Lucie, que j’appelle Maman » (p. 10). « Galop » est constitué du début de ses deux « noms de famille, GAgnon et LOpez, les noms de [s]es deux mères » (p. 13). Il se dit « à moitié latino », sans préciser si c’est par les gênes ou culturellement, du moins le jeune narrateur n’informe pas le lecteur si celle des deux mères qui est d’origine guatémaltèque est la mère biologique, et l’idée qu’il ait un père sinon social, du moins biologique – une petite graine, quoi – ne lui traverse pas même l’esprit. Comme il doit compléter un formulaire, à « prénom et nom du père », il écrit « Lucie Gagnon », et commente : « Bien sûr, Lucie n’est pas mon père. Je n’ai pas de père » (p. 24). Bigre ! On a envie de susurrer à l’oreille des jeunes lecteurs que pour qu’il se proclame « à moitié latino », cela suppose quand même l’existence de quelque chose qui s’apparente à un truc qui pourrait commencer à s’appeler un « père » ! Il subit les moqueries homophobes de Jasmin et Muriel, qui sortent « toutes sortes de méchancetés sur les gays » (p. 30), et insultent aussi des jumeaux qui font partie de la classe. Ulysse s’exclame en plein cours, « Les insultes, c’est nul », ce qui sera le slogan d’une action pédagogique. L’intrigue de la nouvelle est le plan des enfants pour pouvoir s’inscrire à un camp d’activités de vacances, bien que la liste des inscriptions soit pleine. La seule allusion à des pères gays se trouve p. 79 : « Je vais aller vivre avec mes mères et Béatriz chez Richard et Ramon. Ils ont plein de place tant que leur bébé n’est pas arrivé » (p. 79). On peut supposer qu’il s’agirait du père biologique d’Ulysse, et que l’auteure attend le troisième volume, sans doute dans six ans encore, pour dispenser au lecteur et au petit garçon cette nouvelle extraordinaire qu’il n’a pas « pas de père » ! Mais pour l’instant on n’en sait rien de rien, et il nous semble bizarre de laisser croire qu’un petit garçon de cet âge, qui est précisément l’âge des questionnements tous azimuts, ne se pose même pas la question, ni lui ni un de ses camarades.

Bref, vous connaissez ma position, je ne puis recommander un livre qui fasse l’impasse sur la question du père d’un enfant né en famille dite « homoparentale ». Il me semble regrettable qu’un livre produit « en collaboration avec la coalition des familles homoparentales », comme indiqué en tête d’ouvrage, cautionne ce genre d’attitude militante qui constitue dans ces familles autant de bombes à retardement, et donne des verges pour nous battre aux militants anti-mariage-gay, autant sans doute en France qu’au Canada, car la négation de la présence d’un père (ou d’une mère) est une discrimination, et instaurer cette discrimination au nom de la lutte contre les discriminations homophobes n’est pas acceptable. En tout cas dans le cadre éducatif, je ne recommande que les ouvrages – nombreux, heureusement – qui tout en montrant une image positive des familles dites « homoparentales », ne font pas l’impasse de l’existence d’un père et d’une mère biologiques, ou du moins d’un questionnement à ce sujet.

- Lire le précédent album de la même auteure et la même illustratrice, Ulysse et Alice, paru chez le même éditeur en 2006.
- Voir notre bibliographie canadienne.

Lionel Labosse


© altersexualite.com 2013
Retrouvez l’ensemble des critiques littéraires jeunesse & des critiques littéraires et cinéma adultes d’altersexualite.com. Voir aussi Déontologie critique.