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Annie a deux mamans, de Denise Paquette

Éditions Bouton d’Or Acadie, 2003, 132 p., 11,15 €

samedi 5 mai 2012, par Lionel Labosse

Du point de vue de la petite Fabie, fille d’une mère divorcée, la vie de la mère de sa copine Annie est difficile à comprendre : qui est cette femme qui partage sa vie et qui se prétend « gardienne » de sa fille ? Au terme d’une enquête à hauteur d’enfants, et suite à quelques péripéties rocambolesques, la vérité sera enfin précisée : Joëlle et Lorraine s’aiment et vont se marier. Un beau roman plein d’humour qui place ses personnages lesbiennes dans un milieu banal, hors de tout communautarisme.

Résumé

Fabie fait la connaissance d’Annie au parc. Les fillettes s’entendent bien, leurs mères sont toutes deux divorcées. Julien, un ami d’Annie, dit à Fabie qu’il est invité tous les ans à son anniversaire, mais qu’il n’y va pas « si la fête se passe chez sa mère » (p. 16). C’est Joëlle, une amie de sa mère, qui garde la fillette au parc. Elle a un look spécial : « les cheveux coupés très court, à la manière des garçons […] elle ressemble plutôt à un boxeur catégorie mi-lourds » (p. 22). Annie distille des indices discordants au fil des pages : on apprend ainsi qu’elle a « vu Joëlle toute nue », alors que celle-ci n’est censée être que sa « gardienne » (p. 31). Colette, une autre fillette un peu pot de colle, a tout de suite compris : « Annie a deux mamans » (p. 32). Mais pour l’intérêt du livre, la petite narratrice et Annie ainsi que lesdites mamans retarderont le plus possible la révélation de cette évidence. Cela laisse le temps de raconter une scène de ménage entre les deux amies (« c’est moi sa mère, pas toi », p. 39), début d’une suite rocambolesque où la grand-mère, directrice d’une agence matrimoniale de son état, fera des pieds et des mains pour trouver un mari idéal à sa fille. Elle lui présente trois prétendants loufoques, et Annie fera tout son possible pour faire capoter les plans, et faire revenir Joëlle, car elle sait très bien que c’est le meilleur choix, tout en faisant mine de confirmer la version « gardienne ». Entre-temps on fait connaissance avec le sympathique père, remarié, d’Annie, Vincent. Au troisième prétendant, Annie croit que l’affaire est perdue : « Elle doit être contente de son coup, mamie Mai, maintenant que ma mère est guérie, maugrée Annie » (p. 103)., mais la vérité éclate enfin, les prétendants se mêlent à la fête, et tout n’est peut-être pas perdu pour eux !

Mon avis

On s’amuse des remarques naïves de la narratrice, qui tique bien sur quelques détails révélateurs, mais se fait rembarrer à chaque fois par Annie, qui veille au grain l’air de pas y toucher. Ce dispositif narratif est apte à faire comprendre au jeune lecteur, avec humour, dans quelle situation délicate sont les homosexuels quand le respect des convenances les pousse à mentir contre l’évidence, contre surtout ceux qui, autour d’eux, ne font pas l’effort de comprendre. De la part d’un enfant, des remarques comme « C’est curieux quand même que Joëlle n’ait pas d’amoureux » (p. 84) font sourire, mais c’est autre chose quand des adultes vous harcèlent avec ce genre de piques ; c’est ce qu’on attend que concluent les jeunes lecteurs. Le fait de plonger ce couple lesbien dans une pléthore de personnages les rend sociables et sympathiques, mais au bout d’un moment, on se perd dans l’abondance des prénoms, on ne sait plus dans quelle catégorie, enfants, adultes, famille, amis, les classer. Ce roman, un des plus anciens de notre sélection à traiter d’alterparentalité, est une parfaite réussite, il fait comprendre avec humour la particularité d’une situation tout en la rendant familière et significative, et sans le moindre sous-texte militant.
Les québécismes dans cet ouvrage sont plus syntaxiques que lexicaux. On relève quand même des « patins à roues alignées », pour « roller » (p. 46), mais on relève aussi un énigmatique « bay window » (p. 6).

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu
- Voir notre bibliographie canadienne.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Fiche sur Denise Paquette sur le site Communication jeunesse


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