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La rapidité des progrès industriels et technologiques nous mène-t-elle forcément à la catastrophe ?

Sujet de BTS « À toute vitesse ! » spécial coronavirus

Un sujet de Culture Générale & Expression pour s’entraîner en confinement.

samedi 9 mai 2020, par Lionel Labosse

Voici un sujet d’examen blanc sur le thème 2019-2021 « À toute vitesse ! », que j’ai concocté pour mes étudiants de BTS 2e année, en pleine période de confinement contre le coronavirus, sans savoir dans quelles conditions se passerait l’examen final. Je les avais préparés avec un certain nombre de documents et de films collapsologiques. La difficulté est de tenir compte de l’actualité. C’est ce qu’on leur déconseille en principe de faire, quand on connaît le nombre de copies indigentes, en ce qui concerne le sujet d’invention, surfant uniquement sur les derniers événements en date, comme cela avait été le cas pour le sujet 2019, avec l’incendie de Notre-Dame et la coupe du monde de foot. Mais cette année, l’actualité devient d’autant plus incontournable qu’elle recoupe les deux thèmes au programme : « À toute vitesse ! » et Seuls avec tous. À vos stylos : vous avez quatre heures pour la synthèse et l’écriture personnelle, et sans aucune aide. « Nous sommes en guerre » !

BREVET DE TECHNICIEN SUPÉRIEUR – TOUTES SPÉCIALITÉS

SESSION 2020

Culture générale et expression

Durée : 4 heures

Aucun matériel n’est autorisé.

« À toute vitesse ! »

PREMIÈRE PARTIE : SYNTHÈSE (/ 40 points)

Vous rédigerez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

Document n°1 : Jean Giono (1895-1970), Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Grasset, 1938.

Document n°2 : André Lebeau (1932-2013), L’Engrenage de la technique, 2005, Gallimard.

Document n°3 : Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », Le Monde diplomatique, mars 2020.

Document n°4 : Louis Rémy Sabattier (1863-1935), « Perdus ! » (aquarelle), L’Illustration, 1906.

DEUXIÈME PARTIE : ÉCRITURE PERSONNELLE (/ 20 points)

Sujet :
La rapidité des progrès industriels et technologiques nous mène-t-elle forcément à la catastrophe ?

Vous répondrez à cette question d’une façon argumentée en vous appuyant sur les documents du corpus, vos lectures et vos connaissances personnelles.

Le corpus

Document n°1 : Jean Giono (1895-1970), Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Grasset, 1938.

« On veut faire de l’humanité tout entière ce qu’on a fait de certains hommes à qui la guerre a cassé la colonne vertébrale et qu’on soutient avec des corsets de fer et des mentonnières armurées. Ils ont des médailles et des brevets de héros, mais quand une femme se marie avec eux, ouvertement on la félicite et sincèrement on la plaint. Pour eux, rien ne remplacera jamais leur vraie colonne vertébrale, toute simple, toute naturelle, pas du tout technique mais si savante à poursuivre, atteindre la joie et s’en nourrir. Cette petite colonne vertébrale d’homme pas du tout glorieuse suivant le social mais, ô combien glorieuse suivant la vie !
Le paysan doit rester paysan. Non seulement il n’a rien à gagner à devenir capitaliste, mais il a tout à perdre. J’estime que l’expérience actuelle le prouve assez pour qu’il soit encore nécessaire de continuer à le démontrer. Il a également tout à perdre à devenir ouvrier – comme les paysans le sont en société communiste – Il y perd sa liberté. Dans l’un et dans l’autre cas, il ne fait qu’augmenter sa sujétion à l’état. Il confie sa vie à l’état. Même sans contester l’excellence de l’état il vaut toujours mieux être le maître de sa propre vie. Être paysan c’est être exactement à la mesure de l’homme. En aucun cas il ne doit travailler plus que pour sa propre mesure. S’il la dépasse, il ne la dépasse que pour pervertir la destination de ses produits, c’est-à-dire pour changer ces produits en monnaie, c’est-à-dire pour permettre, grâce à ce procédé, la force de l’état, et permettre à l’état d’exercer cette force ; et les premiers contre lesquels l’État exerce sa force sont les paysans. Dès que le paysan dépasse sa propre mesure, il autorise son esclavage et donne à l’état droit de vie et de mort sur lui et sur ses enfants. Si peu que ce soit, car une recherche de profit même minuscule est comme une graine de champignon : une seule et tout l’humus en est couvert. Il y a neuf millions de paysans en France. La moindre recherche de monnaie de l’un d’entre eux est très rapidement multipliée par neuf millions. Le désir de profit est lui-même monstrueusement prolifique et, dès que la première cellule du désir est formée, l’homme est bientôt dévoré par un monstre qui ne cesse pas de grandir. Le paysan ne doit faire aucun profit. Il faut qu’il sache que, désirer le plus petit profit, c’est se condamner à mort lui et ses enfants. L’affiche de mobilisation [1] est la conséquence logique de son profit. La mesure que le paysan ne doit pas dépasser c’est son nécessaire, le nécessaire de sa famille, le nécessaire des quelques artisans simples, faciles à dénombrer qui produisent à côté de lui les objets indispensables à son travail et à son aisance. Voilà la pauvreté ; la petite colonne vertébrale naturelle de la vie ; voilà ce qui la rend capable d’amour et de joie. Toutes les tragiques aventures dans lesquelles on la meurtrit ne font que rendre de plus en plus indispensables les corsets de fer et les mentonnières armurées. À la fin du compte l’infirme artificiellement soutenu par ses inventions continue à garder l’apparence d’un homme mais il ne peut plus coucher tout nu avec la femme qu’il aime »

Document n°2 : André Lebeau (1932-2013), L’Engrenage de la technique, 2005, Gallimard.

Les hommes de notre temps sont confrontés à deux problèmes qui n’ont pas de précédent dans l’histoire de l’espèce ; seule leur aveuglante proximité nous permet de les ignorer. Le premier est que, de leur naissance à leur mort, les individus qui forment l’espèce humaine doivent s’accommoder de changements qui, par leur rapidité, défient leur capacité d’adaptation et d’apprentissage. Ces changements engendrent dans la société des tensions à grande échelle, sources de conflits auxquels la technique donne les moyens d’engendrer des désastres. La confrontation latente entre les pays industrialisés et les pays sous-développés est l’effet de l’évolution technique ; elle a créé de profondes disparités entre des populations et, en outre, elle a effacé la distance qui, autrefois, les isolait. Mais, surtout, une inquiétude globale naît de cette croissance accélérée et rejoint les vieilles terreurs millénaristes [2] auxquelles elle donne, pour la première fois, un fondement rationnel. Nous sommes en effet la première génération humaine, depuis les origines, qui se trouve confrontée aux limites de l’espace et des ressources de la planète et qui constate sa capacité à détruire le milieu dont dépend sa survie. Ainsi, le second problème est que nous atteignons un stade où s’amorce un conflit global entre l’évolution technique et la survie de l’humanité.
[…] Les sources de ce conflit […] ne se résument pas à une désadaptation de la population humaine aux ressources que peut lui fournir la Terre et aux altérations irréversibles de l’environnement. Un conflit plus immatériel émerge entre le morcellement politique du monde et la capacité de la technique à l’affecter dans sa globalité. De nouvelles formes d’instabilité à grande échelle du système politico-économique se manifestent, qui étaient simplement inconcevables avant que n’apparaissent les moyens modernes de transports et de communications, et pour lesquelles manquent les moyens de prévision et d’action corrective. […]
Certes, ce n’est pas la première fois, dans l’histoire de notre planète, que la vie bouleverse la zone où son influence s’exerce, la biosphère. Les immenses bancs de calcaire, les gisements de charbon, de pétrole et de gaz qu’exploite notre civilisation et même l’oxygène dans l’air que nous respirons témoignent de la puissance globale du phénomène vital. Mais l’histoire de la planète nous enseigne aussi que les espèces, et singulièrement les espèces supérieures, sont sujettes à s’éteindre. Il ne reste à peu près rien des végétaux qui peuplaient la forêt carbonifère, les dinosaures ont disparu et, beaucoup plus près de nous, la plupart des espèces animales qui côtoyaient les premières populations humaines de l’Europe se sont éteintes. C’est là le sort banal des espèces, mais pour ce primate enclin à croire qu’un dieu l’a fait à son image et qui, dans ses rêves, imagine qu’il lui appartient de peupler les immensités galactiques, se sentir promis à cette fin obscure est un angoissant cauchemar.

Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », Le Monde diplomatique n° 792, mars 2020.

Document n°3 : Sonia Shah, « Contre les pandémies, l’écologie », Le Monde diplomatique, mars 2020.

[…] Bien que ce phénomène de mutation des microbes animaux en agents pathogènes humains [3] s’accélère, il n’est pas nouveau. Son apparition date de la révolution néolithique, quand l’être humain a commencé à détruire les habitats sauvages pour étendre les terres cultivées et à domestiquer les animaux pour en faire des bêtes de somme [4]. En échange, les animaux nous ont offert quelques cadeaux empoisonnés : nous devons la rougeole et la tuberculose aux vaches, la coqueluche aux cochons, la grippe aux canards.
Le processus s’est poursuivi pendant l’expansion coloniale européenne. Au Congo, les voies ferrées et les villes construites par les colons belges ont permis à un lentivirus hébergé par les macaques de la région de parfaire son adaptation au corps humain. Au Bengale, les Britanniques ont empiété sur l’immense zone humide des Sundarbans pour développer la riziculture, exposant les habitants aux bactéries aquatiques présentes dans ces eaux saumâtres. Les pandémies causées par ces intrusions coloniales restent d’actualité. Le lentivirus du macaque est devenu le VIH. La bactérie aquatique des Sundarbans, désormais connue sous le nom de choléra, a déjà provoqué sept pandémies à ce jour, l’épidémie la plus récente étant survenue en Haïti.
Heureusement, dans la mesure où nous n’avons pas été des victimes passives de ce processus, nous pouvons aussi faire beaucoup pour réduire les risques d’émergence de ces microbes. Nous pouvons protéger les habitats sauvages pour faire en sorte que les animaux gardent leurs microbes au lieu de nous les transmettre, comme s’y efforce notamment le mouvement One Health.
Nous pouvons mettre en place une surveillance étroite des milieux dans lesquels les microbes des animaux sont le plus susceptibles de se muer en agents pathogènes humains, en tentant d’éliminer ceux qui montrent des velléités [5] d’adaptation à notre organisme avant qu’ils ne déclenchent des épidémies. C’est précisément ce à quoi s’attellent depuis dix ans les chercheurs du programme Predict, financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid). Ils ont déjà identifié plus de neuf cents nouveaux virus liés à l’extension de l’empreinte humaine sur la planète, parmi lesquels des souches jusqu’alors inconnues de coronavirus comparables à celui du SRAS.
Aujourd’hui, une nouvelle pandémie nous guette, et pas seulement à cause du Covid-19 [6]. Aux États-Unis, les efforts de l’administration Trump pour affranchir les industries extractives et l’ensemble des activités industrielles de toute réglementation ne pourront manquer d’aggraver la perte des habitats, favorisant le transfert microbien des animaux aux humains. Dans le même temps, le gouvernement américain compromet nos chances de repérer le prochain microbe avant qu’il ne se propage : en octobre 2019, il a décidé de mettre un terme au programme Predict. Enfin, début février 2020, il a annoncé sa volonté de réduire de 53 % sa contribution au budget de l’Organisation mondiale de la santé.
Comme l’a déclaré l’épidémiologiste Larry Brilliant, « les émergences de virus sont inévitables, pas les épidémies ». Toutefois, nous ne serons épargnés par ces dernières qu’à condition de mettre autant de détermination à changer de politique que nous en avons mis à perturber la nature et la vie animale.

Document n°4 : Louis Rémy Sabattier (1863-1935), « Perdus ! » (aquarelle), L’Illustration, 1906.

Louis Rémy Sabattier (1863-1935), « Perdus ! », aquarelle tirée de L’Illustration, 1906.


- Lisez mon article sur le coronavirus, et retrouvez l’aquarelle de Sabattier dans cet article : « Du cheval au cheval de fer et au cheval-vapeur ».

Sujet concocté par Lionel Labosse


© altersexualite.com, 2020
Reproduction interdite.


[1Affiche de mobilisation des soldats pour la guerre.

[2Terreurs millénaristes : angoisse de ceux qui croient à la fin du monde et au Jugement dernier.

[3Un agent pathogène humain est un facteur capable de causer une lésion ou une maladie chez l’homme.

[4Bête de somme : animal qui porte ou tire une charge (cheval, bœuf, chameau, âne…).

[5Velléité : tendance, désir, envie de faire quelque chose.

[6Un erratum publié dans le n° d’avril du Monde diplomatique rappelait que dans cet article (mais surtout dans le début de l’article), le nom de la maladie avait été utilisé au lieu du nom précis de ce coronavirus : il faudrait donc ici remplacer « Covid-19 » par « SARS-CoV-2 ».