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La vie dissolue des gays, pour adultes

Bienvenue dans le Marais, de Hugues Barthe

Hachette littératures, La Fouine illustrée, 2008, 96 p., 14€

lundi 19 mai 2008, par Lionel Labosse

Voici la suite de la vraie-fausse autobiographie de Hugues Barthe alias Hugo. Le candide provincial découvre les splendeurs et les misères de la vie paludéenne, ses clones, ses boutiques, ses rencontres, ses amis, ses saunas, ses baqueroumes… Tout cela est rendu avec le style propre à Hugues Barthe, onirique et humoristique. À offrir à votre cousin qui vient d’avoir son bac au lycée de Decazeville, et tanne ses parents pour qu’ils le laissent squatter l’appart parisien de tante Ursule partie au congrès altermondialiste de l’été.

Résumé

Six ans ont passé depuis Dans la peau d’un jeune homo. Hugo a 20 ans, termine ses études d’art et glande dans sa ville de province. Il se branle (je cite !), mate Internet sur l’ordinateur familial, et ne remarque pas les regards masculins qui s’attardent sur lui dans son dos. Quand son cousin Manu lui propose d’être son colocataire en plein Marais, il saute sur l’occasion, et convainc ses parents. Manu, c’est le double déluré de Hugo, celui qui ose tout, et qui brûle sa vie de mâle en mâle. Hugo est fasciné, mais un peu coincé. Il tente de fréquenter un groupe gay des Arts Déco, mais ils sont encore plus coincés : « qu’est-ce qui pousse les gays à avoir ce genre de pratiques ? Pourquoi ils n’arrivent pas à avoir des relations normales ? » Manu s’improvise « coach », et relooke son cousin, lui présente ses amis et sa meilleure copine. Hugo s’intéresse au seul qui ait dépassé les 40 ans (donc le seul avec qui Manu n’ait pas couché !), et cette tentative aboutira à la traditionnelle audition de lieder de Schumann sur canapé ! Manu introduit Hugo dans un sauna, puis dans une baqueroume [1]. Hugo est effrayé mais excité ; il se laisse aller, mais voilà qu’il est terrorisé par le sida. Les rencontres se succèdent, grâce aux sites Internet, et Hugo s’intègre au réseau amical de Manu, notamment un couple d’amis qui ont résolu le dilemme Paris / province.

Les mots à la bouche selon Barthe

Mon avis

Après Le petit Lulu, qui pouvait être interprété comme une « Scène de la vie de province », voici donc une « Scène de la vie parisienne », qui laisse présumer pour la suite une « Scène de la vie de campagne », sans oublier une « Scène de la vie de militante », ni bien sûr un Splendeurs et misères des gigolos… L’ouvrage est présenté comme « largement autobiographique » par l’éditeur, mais en réalité, comme pour Dans la peau d’un jeune homo, Hugues Barthe a plutôt imaginé le jeune homme qu’il serait s’il avait 20 ans aujourd’hui. La partie la plus autobiographique est peut-être le passage terrifiant où Hugo imagine ce qui se serait passé si Manu et lui avaient eu cet âge pendant les années 80. Le petit Lulu, qu’il faut absolument lire si vous avez aimé Bienvenue dans le Marais, me semble (vu de l’extérieur) plus autobiographique. On retrouve le style de l’auteur, fait de visions oniriques et d’humour. Le Marais est un vrai marais où l’on s’enfonce ; les homos sont parfois une foule de clones à sac en bandoulière, parfois une escouade de bites en liberté.

Mariage frères / Hugues Barthe

J’aime beaucoup la vignette représentant une boutique de thé connue, où l’arrogance du vendeur fait fulminer Hugo sous son avatar de bite… mais aussi dans la baqueroume, le combat de la bite et du cerveau. On appréciera les portraits divers d’homos plus vrais que nature. Quant à la question du sida, absente de Dans la peau d’un jeune homo, elle est ici très présente. Hugo représente une prophylaxie confinant à l’abstinence, et Manu une prophylaxie sans doute relâchée. Ce n’est pas présenté comme sûr pour Manu, mais la question du bareback est abordée, avec une vignette qui résume à elle seule l’absence de dialogue sur ce sujet délicat dans le microcosme militant parisien : « — Ben… c’est un mec qui se protège pas ! — Non, un barbaker (sic), c’est un mec que ça excite de contaminer des pauvres gars qui leur font confiance, des jeunes biquets comme toi par exemple ». Pour finir, on signalera la fin très voltairienne, du genre mais il faut bronzer à poil dans notre jardin !

- Voir l’entrevue qu’Hugues Barthe nous a accordée. Ces deux dessins, publiés avec l’aimable autorisation de l’auteur, vous sont proposés en exclusivité mondiale pour altersexualite.com.
- Les folles nuits de Jonathan , de Jean-Paul Jennequin, est une BD d’inspiration proche.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le blog d’Hugues Barthe


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[1Rien à voir, mais connaissez-vous la nouvelle : dans le cadre de la lutte contre l’homophobie, les restaurants « Ma queue Donald » de Nouillorque vont ouvrir des baqueroumes !