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L’éducation sexuelle dans la rue !

Sculptures et peintures érotiques au Népal

Ne cachez pas ces copulations que nous savons voir

dimanche 19 août 2007, par Lionel Labosse

En voyage au Népal (février 2007), j’ai pu admirer les sculptures et les peintures érotiques offertes au regard de tous sur les étais des toits des temples hindouistes, ou sur les murs des palais bouddhistes. Une chance que la colonisation ait épargné ces chefs d’œuvres, pour témoigner que la censure du sexe, ainsi que la « pornographie » sont des notions récentes, occidentales, ou du moins liées à la promotion du monothéisme. Pour vous rafraîchir la mémoire, voyez l’article de Wikipédia sur l’histoire des représentations érotiques, et feuilletez l’album de photos du musée archéologique de Naples, dont le « cabinet secret » renferme des chefs d’œuvre diablement altersexuels dont on nous a rarement parlé dans nos cours de latin (sans quoi je parlerais couramment le grec ancien, au lieu que je fus honteusement viré du cours de latin en fin de seconde, boulet traîné toute ma vie pour devenir prof de français !) Il y a aussi Pompéi, bien sûr, où l’on admire les fresques de Priape ou les représentations de phallus sur les façades destinées, dit-on, à conjurer le mauvais œil (mon œil !)

Dans Altersexualité, Éducation & Censure, j’avais cité un témoignage d’Alain Daniélou sur Gandhi et Nehru, par lequel Daniélou dénonçait le rapport qu’un certain révisionnisme entretient avec la répression de l’altersexualité :

« Le Mahatma Gandhi, éduqué en Angleterre, avait envoyé des équipes de ses fidèles pour briser les représentations érotiques sur les temples. C’est le poète Rabindranath Tagore qui parvint à arrêter ce massacre iconoclaste. Le Pandit Nehru avait été très agacé parce que j’avais photographié et publié des photographies de sculptures de rapports homosexuels datant du XIe siècle alors qu’il prétendait que de tels vices étaient dus en Inde à l’influence occidentale. Les pratiques sexuelles et toutes leurs variantes n’avaient auparavant, jamais été persécutées en Inde. Ce n’est qu’à partir du nouveau code pénal promulgué par le gouvernement socialiste de Nehru que, pour la première fois, l’article 377 punit les rapports sexuels contre-nature avec un homme, une femme ou un animal qu’il s’agisse de rapport anal ou oral. »
Préface au Kâma Sûtra, G.F. Flammarion, p. 16.

Heureusement, on peut toujours admirer en Inde des sculptures, extérieures ou enfermées dans des musées. Possible aussi en de nombreux pays, y compris musulmans, mais il ne faut pas le dire trop fort, de peur que certains talibans n’aient envie d’imiter le bon Gandhi ou les hypocrites de l’époque victorienne. Michel Angot, dans son article signalé ci-dessous (dans lequel vous retrouverez la citation de Daniélou !), montre d’ailleurs que le puritanisme en Inde est venu bien avant l’époque victorienne, avec l’Islam. Voici donc quelques photos ramenées de mes balades autour de Kathmandu. Les sculptures érotiques sont en général situées sur les étais des toits de temples hindouistes, et sont censées éloigner la foudre, parce que je ne sais plus quelle déesse serait pudique. Ça, c’est la version qu’on vous raconte dans les guides touristiques, ou sur place, et les gens le croient naïvement, un peu comme un enfant de 3 ans croit dur comme fer qu’un zizi sert à faire pipi.
Palais royal « Durbar Square » (place royale) de Patan.
Il s’agit du palais royal du « Durbar Square » (place royale) de Patan, au sud de Kathmandu. On voit l’emplacement des sculptures d’étais de toits. Attention, toutes ces sculptures ne sont pas érotiques, mais il y en a beaucoup, et dans plusieurs temples.

Voici une scène qui serait interdite par la loi en France, car il s’agit de zoophilie, et en plus sur un des temples de Durbar Square à Patan !

Celle-ci est du « Durbar Square » de Bhaktapur, à l’est de Kathmandu. Cela doit représenter un monsieur et une dame en position acrobatique. Pardon pour la qualité médiocre de ces photos, mais nous sommes en pleine ascèse scientifique !

De mieux en mieux ! même les éléphants s’enfilent !

Pour ceux qui croient que les sculptures érotiques éloignent la foudre, ceci représente sans doute un presse-citron, et non pas un lingam sur un yoni !

Cette photo n’a sans doute rien à faire ici. Il s’agit d’un potier à Bhaktapur. Cependant, ne lui trouvez-vous pas un rapport avec la précédente ?



Voici trois images du temple de Ram Chandra, au sud du « Durbar Square » de Kathmandu. Que pensez-vous de celle du milieu ?

Celle-ci est l’une des plus célèbres du « Durbar Square » de Kathmandu, plus précisément de Jagannath temple.

J’aime beaucoup celle-ci, dont la solitude se pose comme une provocation ultime. Elle est de Kathmandu même, mais j’ai oublié où exactement.

Dans les monastères bouddhistes des hauteurs (ici, Thamé, dans la région de l’Everest), on trouve l’image hautement symbolique de l’union sexuelle yab-yum, déités masculines ou féminines en union sexuelle, (symbole de l’union avec l’Énergie créatrice (chez les hindous) ou de la réalisation de la Sagesse (chez les bouddhistes tibétains)). (Voir l’article de Jacques Henri Prevost. Comme le dit l’article de Wikipédia, « il n’y a dans le Yab-Yum absolument aucune suggestion sexuelle ou érotique ». Ben non, pas plus que dans le Cantique des cantiques ou dans le soufisme… Ah bon, ce serait tant triste que ça, le tantrisme ?

On trouve aussi fréquemment l’image du Samsara, ou roue de la vie, qui contient la représentation du monde humain soumis au désir, avec des images idoines parfois explicites…

Pour terminer, voici une image de la fête des couleurs, « Holi », à Kathmandu, à la pleine lune du mois de phalgun (fin février). Cette fête est également populaire en Inde. On vous tartine allègrement la tronche et le corps de pigments colorés, et on vous lance des ballonnets d’eau colorée depuis les balcons. Comme vous le constatez, ici, c’est très masculin comme fête, de même que les monastères bouddhistes disséminés dans la montagne regorgent de jeunes gens tonsurés, fort souriants et séduisants, souvent de taille plus grande que le commun des Népalais, pour une raison que je ne m’explique pas.

- En savoir plus sur le Népal. Voici quelques pages où vous trouverez de meilleures photos de sculptures érotiques (erotic carvings) du Népal : ici, et
. Voir aussi, en Inde, Khajuraho. Voir mes articles sur l’Inde, où il est question également de la sculpture érotique.

- Au Pérou aussi, dans l’antiquité, l’érotisme faisait partie de la vie quotidienne. Voir cet article sur une exposition au musée du Quai Branly : « Sexe, mort et sacrifice dans la religion Mochica ».

Lionel Labosse


Voir en ligne : L’art érotique hindou, article de Michel Angot


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