Et si j’étais homosexuel, papa ? Pour les 6e / 3e.
Hachette, Côté Court, 2000, 62 p., 1,5 €.
dimanche 29 avril 2007, par Lionel Labosse
Henri est déçu de ne pas avoir obtenu le prix de poésie. Il a obtenu un 10/10, mais aussi un 0, et cela le fait passer après un camarade, qui n’aime pas la littérature mais est le champion de la régularité. La moyenne, voilà l’ennemi, à cause de quoi l’Éducation nationale va « démoraliser complètement les vrais poètes » (p. 8). Henri s’invente alors un prix spécial. Cela n’est pas bien grave, puisque son père a toujours considéré ce genre de cérémonies avec mépris. Mais patatras, papa prend la chose à cœur, et culpabilise tant maman qu’il la convainc de rentrer précipitamment d’une tournée en Norvège pour assister à la remise des prix, même si au départ elle n’y croyait pas : « Mais je te le jure, maman, c’est vrai, j’ai eu le prix spécial » (p. 13). C’est donc uniquement pour détourner la conversation qu’Henri aborde un sujet incongru : quand son père lui demande combien il aura d’enfants, Henri déclare : « Mais je serai peut-être homosexuel » (p. 24). Comme Henri pour son mensonge, le père est alors entraîné dans une hilarante « discussion sérieuse », piégé par sa tolérance. Henri devra y mettre fin : « Non, je n’ai pas du tout l’impression que je vais devenir homosexuel ». Voici le père « en proie à une déception profonde ». Après cette diversion ratée, Henri tente tout pour retarder la remise des prix, mais il doit se résoudre à l’inéluctable, et cela apprendra aussi à son père à ne pas parler à la légère.
C’est l’humour et le don de l’incongruité qui fait tout le sel de ce petit récit. Pour une fois, le sujet y est abordé de biais, par hasard, et sans une once de dramatisation ; au contraire, on perçoit une surenchère dans la tolérance entre père et fils, avec des reparties tordantes, du genre : « Ne dit-on pas : « Regarde-moi tous ces pédés qui ont un prix, et moi rien » ? », ou bien « on me décernerait le prix du plus jeune homosexuel de France » (p. 27). L’éditeur signale ces récits « à partir de 12 ans », mais on peut proposer celui-ci en tout cas dès la sixième à mon avis, les élèves de cet âge étant tout à fait aptes à comprendre cet humour, et à aborder le sujet en toute franchise. En tout cas, dix ans après Les lettres de mon petit frère, on peut mesurer le chemin parcouru !
Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».

Lire également, du même auteur, Mes débuts dans l’espionnage.