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Exister aux yeux d’autrui, pour étudiants et adultes

La Vie commune, de Tzvetan Todorov

Seuil, La couleur des idées, 1995, 192 p., 7,6 €.

vendredi 7 mars 2014, par Lionel Labosse

La Vie commune de Tzvetan Todorov (1939-2017) est un des livres inscrits sur la liste proposée au Bulletin Officiel de l’Éducation nationale pour le thème de BTS « Seuls avec tous ». Je l’ai choisi parce que l’auteur fut familier à l’étudiant en lettres des années 1980 que je fus pour son Introduction à la littérature fantastique (1970), et à côté de classiques, cela permettait de proposer une réflexion plus actuelle aux étudiants. J’ignore pourquoi l’auteur a tenu à faire inscrire sur le livre le sous-titre : « essai d’anthropologie générale », mais je classerais plutôt le livre en sociologie, et d’ailleurs il semble écrit en marge de La Société des individus, de Norbert Elias. Après une revue critique des différentes théories sur le rapport entre individu et société, Todorov concentre son attention sur ce qui lui semble concrètement régir les rapports de soi avec autrui, dans une perspective plus intime que les ouvrages que nous avons étudiés pour ce thème. La date de l’essai (1995) exclut les réseaux sociaux et l’Internet du champ des recherches de Todorov, ce en quoi l’essai de Sherry Turkle Seuls ensemble constituera un complément utile.
- article en cours de rédaction

La place de la société dans l’homme

La problématique est posée dans l’avant-propos : « […] traiter non, comme on le fait d’habitude, de la place de l’homme dans la société, mais, à l’inverse, de celle de la société dans l’homme. Que signifie au juste ce fait généralement admis que l’homme est un être social ? Quelles sont les conséquences de ce constat, qu’il n’existe pas de je sans tu ? En quoi consiste, pour l’individu, la contrainte de ne jamais connaître qu’une vie commune ? (p. 10). Dans un long chapitre intitulé « Coup d’œil sur l’histoire de la pensée », Todorov s’étonne de la prégnance de visions asociales de l’humanité : « quel que soit le parti que l’on prend dans ces conflits, on y embrasse toujours une définition solitaire, non sociale, de l’homme » (p. 15).
« On peut observer chez La Rochefoucauld (ou avant lui chez Hobbes) la mise en place d’un dispositif d’argumentation qui se maintiendra à peu près intact pendant des siècles. Dans un premier temps, on fait comme si tous les rapports sociaux se ramenaient aux qualités louables, à la générosité, à l’amour d’autrui ; autrement dit, on interprète l’opposition entre solitude et socialité comme équivalente à celle entre égoïsme et altruisme, ce qui est évidemment abusif. C’est alors que, dans un deuxième temps, on procède à un travail de désillusionnement, on arrache le masque de vertu. Ce geste est d’autant plus convaincant à nos yeux qu’il ne semble avoir rien de flatteur (or, nous disons-nous inconsciemment, on n’affirmerait pas une chose désagréable à moins qu’elle ne soit vraie). Du coup, ayant rejeté une vision trop bienveillante de l’homme, on reste avec l’idée d’un être originel solitaire et égoïste. La socialité est vertueuse, or la vertu est trompeuse ; donc la vérité est asociale. La Rochefoucauld peut conclure : « Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s’ils n’étaient les dupes les uns des autres » ; et Pascal : « L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie. » On croit à tort que les autres nous veulent du bien ; si l’on devenait lucide, la société disparaîtrait ! » (p. 18). À la p. 19, Todorov formule la thèse de Norbert Elias, qu’il cite pour un autre livre quelques pages plus loin, mais jamais pour La Société des individus : « Or la relation à autrui n’est pas un produit des intérêts du moi, elle est antérieure aussi bien à l’intérêt qu’au moi. Il n’y a pas lieu de se demander, à la manière de Hobbes pourquoi les hommes choisissent-ils de vivre en société ? ou de Schopenhauer : d’où vient le besoin de société ? parce que les hommes n’accomplissent jamais un tel passage à la vie commune : la relation précède l’élément isolé. Ils ne vivent pas en société par intérêt, ou par vertu, ou par la force d’une raison autre, quelle qu’elle soit ; ils le font parce qu’il n’y a pas pour eux d’autre forme d’existence possible » (p. 19).

Lionel Labosse


Voir en ligne : Article de Wikipédia sur l’auteur


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