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En quête de soi-même, pour les 5e / 4e.

Comme le font les garçons, de Marie-Sophie Vermot

École des loisirs, Médium, 1998, 126 p., 6,7 €.

dimanche 22 avril 2007, par Lionel Labosse

Abandonnée par sa mère, Malka reprend goût à la vie dans une maison d’accueil, en se mêlant aux autres pensionnaires. Les personnages de Calvin, homo de 18 ans, et de Pearl, fillette qui pisse comme les garçons, offrent à Malka des pistes de réflexion où sa personnalité prend petit à petit son envol. Un récit sobre et sans pathos.

Résumé

Malka et son demi-frère Nathan n’ont plus de père, et ont été abandonnés par leur mère à l’âge de six ans. « Ma mère est une pute », dit Nathan (p. 14), et il refuse de retourner chez elle quand le directeur du foyer les convoque. Mais c’est une place en maison d’accueil que le directeur leur propose, dans le sud. Nathan avait émis le vœu de travailler dans les vignes. C’est Martha qui raconte, évoquant à la fois ses souvenirs de ce placement, sous forme de carnet intime écrit après coup, et son échange de lettres avec sa copine Gabrielle, restée au foyer. Malka se retrouve dans un milieu relativement sexiste, mais elle en prend son parti grâce à la maîtresse de cette maison, Emma, qui la traite avec humanité. Le seul garçon qui échappe à cet état d’esprit machiste et qui fasse preuve de sensibilité artistique, est Calvin, un pensionnaire, et elle a le coup de foudre pour lui. Malheureusement, Calvin, vous vous en doutez, à peine a-t-elle tenté de lui adresser la parole, lui annonce qu’il est amoureux d’Éloi. Éloi, comprenez la bête brute, l’indécrottable macho. Malka est blessée, et jalouse : « C’est dans quelle direction, s’il vous plaît, la raison de vivre ? » (p. 55). Malgré sa répulsion, elle décide de se servir d’Éloi pour courtiser Calvin. Entre-temps est arrivée une femme avec une enfant de 4 ans, Pearl, qui ne parle pas. Malka s’occupe parfois de l’enfant, et cette occupation, ainsi que le simple fait de connaître une sorte de Noël en famille, la font évoluer. Elle obtient même un succès en arrivant à faire parler Pearl après lui avoir fait remarquer qu’elle ne devait pas pisser debout comme les garçons (réflexions sur l’identité de genre). C’est à ce moment que Malka se met à écrire son journal, censé être le livre qu’on a sous les yeux. Elle parvient à oublier son désir de Calvin.

Mon avis

Comme le font les garçons date de 1998, ce qui en fait l’un des premiers livres français parus chez un éditeur de renom à aborder l’altersexualité. L’image donnée du garçon homo est peu reluisante. Il sait ce qu’il est, mais n’assume pas son désir, et quand il ose enfin, se fait traiter de « sale pédale » (p. 121). La narratrice ne nous dit rien de plus, elle a déjà suffisamment de mal à ordonner ses propres idées. Cela n’enlève rien à l’intérêt du livre, au contraire, sauf que rétrospectivement il est significatif que l’on ait commencé par montrer cette image-là des gais (mais il est vrai que pour une fois, le gai n’était pas atteint du sida). Disons que si c’est la première fois qu’un jeune entend parler de l’homosexualité dans un roman, il vaudrait mieux accompagner la lecture d’une réflexion, de peur de renforcer des préjugés. L’image de Pearl qui pisse comme les garçons n’est pas approfondie non plus. L’intérêt du livre, c’est le jour qui se fait progressivement dans l’esprit de Malka, son analyse des événements. La sobriété du discours n’est donc pas un maniérisme gratuit, mais participe de la construction du personnage. Que sa lente conversion à la vie sociale se fasse, finalement, grâce à un homo et à une fillette à l’identité sexuelle ambiguë, voilà qui doit interpeller le jeune lecteur. On s’étonnera, sans doute, des capacités d’écriture et d’analyse de cette jeune fille, en dépit de la sobriété du récit ; mais c’est une convention littéraire : « Contre quoi, contre qui se battait-elle, la petite fille silencieuse ? » (p. 103). L’idée du journal intime écrit a posteriori se justifie, car sur le coup, Malka aurait été incapable d’exprimer ses sentiments. Un fil de lecture porteur pédagogiquement serait de relever les étapes de la prise de conscience de Malka, du dégoût de vivre initial jusqu’à la décision d’écrire, avec cette « once d’espoir » (p. 125) qui relie les phrases. Un autre de relever toutes les réflexions sur la division des sexes, depuis le « big bang » initial en ce qui concerne Malka, d’avoir appris que sa mère « n’était qu’une pute ». Ce relevé serait un préalable à un débat qui devrait se révéler intéressant, puisque c’est la problématique annoncée par le titre.

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Marie-Sophie Vermot est également l’auteure de Mais il part…, et d’Athènes autrefois puissante, qui reprend la trame et de nombreux thèmes de Comme le font les garçons. La lecture comparée de ces deux romans serait une excellente idée pour des élèves de 4e. Sur le thème des placements pour adolescents, voir aussi L’Affaire Jennifer Jones, d’Anne Cassidy et Le Garçon qui pleurait des larmes d’Amour, d’Alexandre Delmar (pour adultes).

Lionel Labosse


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