Psychédélique des contes de fées, pour les 3e et le lycée
Gallimard, Bayou, 2008, 128 p., 16,5 €
dimanche 20 avril 2008, par Lionel Labosse
Voir en ligne : Le blog de Lisa Mandel
La princesse Végétaline est retenue quasi-prisonnière dans une haute tour par sa mère pour le moins étouffante, pédégère d’une société multinationale parmi les plus puissantes. Elle a des hallucinations, une main lui sort régulièrement de la gorge pour l’étouffer. Sa mère prétexte cet état nerveux pour couper sa fille du monde. Une nuit, lors d’une fête organisée au sommet de ladite tour, un groupe de jeunes gens se lancent des défis. Pour obtenir le téléphone magique de Kékuo, un gars un peu… lourd, le défi consiste à embrasser la princesse Végétaline, autant dire mission impossible. Mission pourtant relevée par Codette, une cocotte depuis peu débarquée du Watakou, pays en guerre où elle a été témoin de violences, dont elle porte la culpabilité. Codette s’infiltre dans les entrailles de la tour, embrasse Végétaline, gagne le téléphone, mais se fait virer par le garde. Troublée par ce baiser, Végétaline rejoint Codette chez elle coûte que coûte, mais sa mère, s’en étant aperçue, décide de la clouer dans son lit, et pour plus de sûreté, de financer le retour au Watakou de la mère de Codette, à condition que cette dernière fasse partie du voyage. Dans ces entrefaites, il s’avère que le téléphone de Kékuo était un prototype top secret dérobé à son père, ingénieur pour une entreprise concurrente de celle dont la mère de Végétaline est patronne. L’objet ne doit pas tomber entre ses mains, et il faut délivrer Végétaline, en dépit d’un garde armé jusqu’aux dents et de ses molosses, et des procédures de surveillance ultra-modernes mises en place par maman. Le père de Kékuo et sa bande disposent de costumes futuristes doués de « pouvoirs » variés et désopilants, dont l’invisibilité est le moindre. Suspense : parviendront-ils à récupérer le prototype ; Végétaline et Codette vivront-elles leur idylle en dépit des manigances et de la thune maternelles ?
Ce n’est pas dans le scénario que réside l’originalité de Princesse aime princesse, mais dans la fantaisie, les couleurs qu’il donne à la vie, et dans l’allégorie qui sous-tend l’album. Nous sommes en effet dans un cocktail savamment exotique de conte de fées, de feuilleton spatial, de roman d’espionnage et de tout ce que vous voulez. L’auteure ne cherche pas à aller au bout d’une histoire téléphonée — comment dit-on, déjà ? abracadabrantesque — mais à explorer l’inconscient des personnages. Le monde étriqué, monocolore et sombre de la mère étouffante (au sens propre, vous verrez) contraste avec le continent oublié du père mort ; continent luxuriant, coloré, qui s’étend sur une double page, et dans lequel Codette et Végétaline plongeront dans un lac amniotique d’où leur amour fera émerger tout un arc-en-ciel végétal et marin. Cet amour aura valeur de thérapie, puisque, en une scène inoubliable, Végétaline se libérera du « monstre » qu’elle avait « à l’intérieur… et à l’extérieur de soi » (p. 116). Reste à savoir si les féministes y trouveront leur dose réglementaire de « Violences faites aux femmes » , mais voici un livre, n’en doutons pas, libérateur pour tant d’ados !
Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».

Voir la critique de D. Wesel sur BD Gest.