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Le foot rend-il hétérosexuel ? pour les 6e / CM2

Foot foot foot, de Denis Lachaud

Actes Sud Junior, 2007, 80 p., 6,5 €.

samedi 1er décembre 2007, par Lionel Labosse

Un récit à la première personne sur un garçon qui vit avec sa mère et l’amante de celle-ci, fréquente un couple homo, fait du foot pour des raisons peu conventionnelles, et se pose quelques questions relatives à sa puberté. S’agissait-il de démontrer que les enfants d’homos sont comme les autres ? Dans ce cas-là, c’est réussi, mais on reste sur sa faim. On aurait aimé qu’il se passe un petit quelque chose de plus que le simple fait de gagner un match et de raconter ses voyages en avion.

Résumé

Le narrateur est un pré-ado d’un milieu bourgeois cosmopolite. Il réside à Paris (dans le 11e), ayant vécu son enfance à New York, et envisageant un départ à Hongkong. Il vit avec sa mère et l’amante de celle-ci, Carolyn, lesquelles sont devenues amies avec Éric & Stéphane, couple de Parisiens rencontrés dans l’avion pour Paris. La maman du narrateur est architecte, mais aussi entraîneuse du club de foot pour les petits. Ou plutôt « entraîneure », car « entraîneuse […] a été inventé à une époque où il suffisait de mettre un mot au féminin pour le rendre négatif » (p. 9) [1]. Si le narrateur aime bien le foot, ce n’est pas parce que ça fait viril, mais parce qu’il y retrouve sa mère, et ses copains de l’école, Emilio notamment. Il y a aussi Pierre-Henri, qualifié de « gros con », qui se moque d’Emilio parce que celui-ci remonte ses chaussettes : « il tortille du cul en crachant son histoire de collant » (p. 15). Dorian, le grand frère en crise de puberté, titille le narrateur en déclarant que « Le foot c’est un sport de beaufs » (p. 19). Le narrateur se pose des questions philosophiques : il regarde les garçons de l’équipe adverse pendant les matchs, et se demande pourquoi ils doivent passer dans sa vie sans s’arrêter, alors que parfois il aimerait que l’un ou l’autre devienne un ami. En contemplant son frère, qui exhibe à tout propos sa « bite poilue » (p. 49), il déclare : « l’adolescence, je suis pas pressé du tout de plonger dedans » (p. 29). Il remarque : « Avec Emilio et Clément, on a pas beaucoup de relations avec les filles. Il paraît que ça vient plus tard, avec le surgissement de l’amour. J’ai décidé de pas me poser de questions. Par exemple, je me demande pas si je suis homosexuel ou hétérosexuel. J’ai le temps, on verra bien. » (p. 51). Il se demande aussi « pourquoi les garçons du foot se soucient déjà de voir des pédés partout alors qu’ils ont dix ans et un emploi du temps surchargé » (p. 52). Il trouve sa mère & Carolyne, Éric & Stéphane, pudiques, car il n’a « pas encore réussi à les voir quand ils se roulent une pelle » (p. 55).

Mon avis

Denis Lachaud, dont on avait fort apprécié J’apprends l’allemand, récemment réédité en collection jeunesse, nous propose un récit court pour les plus jeunes. Mon avis est mitigé. Si la volonté de jouer avec les stéréotypes est amusante, avec le renversement du cliché du football vu comme sport macho, qui va donner un coup de vieux aux sorties footophobes de Madame H [2], on regrette qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce récit. Le jeune garçon donne sa vision de l’école, raconte longuement un match de foot victorieux contre l’équipe de Montreuil, et exprime ses sentiments sur sa famille lesboparentale. Comme c’est trop souvent le cas dans les ouvrages chroniqués dans cette rubrique, le garçon n’a pas une seule pensée pour quelque « papa » totalement oublié, même quand l’évocation du désir de paternité d’Éric pourrait logiquement lui faire aborder la question par association d’idées (p. 53). Cela me gêne dans un récit à la première personne. Pour jouer au petit Jacques Lacan, on remarquera le trait stylistique adopté par l’auteur pour manifester le bas âge du narrateur : oubli systématique du discordantiel de la négation (oubli du « ne »). Pourquoi donc couper tous ces « ne » ? Cela dit, on trouvera dans ce récit une application pratique des propos de Stéphanie Kaim dans Nous, enfants d’homos : le fait d’avoir des parents de même sexe influe forcément sur les représentations de la sexualité de l’enfant. On ressent trop, à mon goût, la volonté de démonstration de l’auteur : oui, ce garçon est normal et banal, bien qu’il ait deux mamans et pas la queue — ou plutôt le nœud — d’un papa. Leçon de morale utile, quand même, pour l’âge de référence des lecteurs visés. Bon, et alors ?

- Voir également J’apprends l’allemand, du même auteur.

Lionel Labosse


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[1On reconnaît la série de blagues qui tournent depuis longtemps, et dont Fatal Bazooka a fait une chanson : « C’est une pute ».

[2On se réjouit d’avance des déconvenues des tontons et tatas bien intentionnés qui auront offert le livre rien que pour son titre à tel neveu footeux, et découvriront le « poteau rose », mais trop tard !

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