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Trésors de l’enfance, pour les 8 / 12 ans

Court au théâtre 1. Huit petites pièces pour enfants

Éditions Théâtrales, 2005, 153 p., 12 €.

samedi 23 juin 2007, par Lionel Labosse

Ce livre réunit des textes fort différents dans la forme, qui peuvent être joués, de 1 à 7 personnages, dits, ou simplement lus. Les thèmes sont variés autant que la forme, et les ateliers théâtres des collèges y trouveront une mine d’idées pour renouveler leur répertoire.

- Dominio, de Juan Cocho est une sorte de slam qui ravira les enfants. Ils pourront faire comme les grands, et provoquer leurs camarades spectateurs avec cette confession d’un « imposteur » qui est surtout une allégorie de l’adolescence : « Dominio passe son temps à pisser partout » ; « Et il sort alors / son énorme queue ». Signalons une belle page de dénégation du vol digne de la scène des doubles paires de mains de L’Avare de Molière.

- La Rue, de Daniel Keene est une histoire d’amour entre ados.

- Instantanés, de Sylvain Levey, l’auteur de Ouasmok ?, est une sorte de monologue (qui tient aussi du slam) sous-titré Quelques autres pages du journal de la middle class occidentale. On y relève cette phrase : « il y a moi, Julien, onze ans et demi, qui ne regarde que les garçons ».

- La Fin du loup, de Philippe Lipchitz et Dominique Chanfrau est une fort belle variation sur le thème du Loup miroir de l’humain. « Je ne suis pas un loup / Puisque je suis une louve / Le loup est mon époux ». Il cherche désespérément un hôtel, mais on le rejette : « J’aurais bien trop peur d’être attaqué par une souris ou une araignée ». Son jugement sur les hommes devient une sorte de refrain qui détourne le Petit Chaperon Rouge : « Curieux hommes que les hommes ils vivent ensemble pour mieux se déchirer » (p. 60).

- Au-delà du ciel, de Lise Martin est une petite fable qui montre l’avantage d’être boiteux. On songe au Roi boiteux, de Gustave Nadaud chanté par Georges Brassens, qui se prête tout à fait aux exercices collectifs d’atelier théâtre. On a là, aussi, pourquoi pas, des idées pour un groupement de textes sur l’apologue en classe de 1re.

- Petit fracas, de Dominique Paquet est un dialogue lyrique et épique sur le thème difficile d’un père qui quitte la famille : « je ne veux plus de ma femme ancienne, elle m’a lassé, laissé ». Le héros éponyme évoque un « accident de père », à quoi un peintre africain rétorque : « beaucoup de pères ont des accidents de fils », puis « Alors la tribu entière devient le père. Ou l’oncle, le frère de la mère !  », et « certaines régions regorgent de pères qui cherchent leurs enfants ».

- Les Ombres de Rémi, de Dominique Richard, l’auteur de Le journal de Grosse Patate et de Hubert au miroir, nous fait retrouver Rémi, sans doute un peu plus grand. Il rencontre Max, alias Nicolas, en vacances (« on devrait porter un nom différent pour chaque chose que l’on fait »). Les deux garçons ont un petit côté bouc émissaire : « Les grands, ils m’ont coincé dans les douches, mais je sais me défendre », mais se taquinent aussi en se traitant réciproquement de « peureux comme une fille », façon pudique et paradoxale d’exprimer leurs sentiments : « Max, il est beau. […] Je suis resté sur le bord, solitaire, l’écoutant rire, alors que mon seul désir était de me glisser dans le courant pour jouer avec lui ». Max fait des plans de vacances : « On se baignera tout nus, […] on sera le même, avec deux corps différents ». Le texte reprend la même idée que celle de Ouasmok ?, de Sylvain Levey, sur une relation amoureuse en accéléré : « J’aimerais te prendre dans mes bras et t’écrabouiller, te battre et te mordre jusqu’au sang, laisser ma marque, imprimer sur toi un souvenir de moi, pour que tu ne puisses jamais m’oublier ». C’est le texte le plus osé du recueil, il choquera sans doute. On souhaiterait seulement que les éducateurs laissent les élèves choisir librement dans le recueil ce qu’ils souhaitent jouer, sans censure.

- Les Trésors de Dibouji, de Roland Shön est un conte avec beaucoup de dialogue, sur l’enfance : « souvent quand on devient grand et sérieux, on trouve que ce n’est plus un vrai trésor, que ça ne vaut plus rien, ficelle et bout de rat ! Je ne veux pas ça, monsieur Dibouji. Je veux grandir, d’accord, mais je veux que mon trésor reste un beau trésor ». Belle conclusion, non ?

- Voir aussi Théâtre en court 4, 6 pièces courtes pour adolescents, publié chez le même éditeur en 2009.

Lionel Labosse

Voir en ligne : Catalogue des Éditions théâtrales

P.-S.

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