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Ne me squatte pas ! pour les 4e / 3e

La fille du squat, de Ragnfrid Trohaug

Éditions Thierry Magnier, 2000, 169 p., 8,5 €.

samedi 28 avril 2007, par Lionel Labosse

Un sujet original, pour ce roman traduit du néo-norvégien par Terje Sinding. L’intérêt du livre n’est pas tant le lesbianisme ou la bisexualité, que la possessivité, révélée par la métaphore du squat. Aucun mot désignant l’attrait pour les personnes de même sexe n’est utilisé, et ce n’est pas par pudibonderie, mais pour exprimer les sentiments d’un personnage qui ne veut pas se laisser enfermer dans une relation.

Résumé

Ida est jalouse de Maria, la compagne qui lui a pris son frère Thomas, âgé de six ans de plus qu’elle ; à moins qu’elle ne soit jalouse de son frère, ça elle le comprendra au cours de ce récit. De plus, elle souffre encore du décès brutal de son grand-père, avec qui elle avait passé tous les étés jusque-là. Elle passe la plupart de ses journées dans un arbre, sauf quand elle peut suivre son frère en escalade. Elle est quasiment amoureuse de lui. Leurs relations étaient-elles trop proches ? Le récit lance une ou deux pistes : elle avait l’habitude de se glisser dans son lit, et elle posait pour lui quand elle avait douze ans, une fois elle a même posé nue. Elle tente de lui rappeler ces épisodes en lui posant des questions dérangeantes sur ses rapports avec Maria : pose-t-elle nue pour lui ? « Est-ce qu’elle a le poil noir alors qu’elle est blonde » ? Cet été, Ida fait une rencontre décisive, cette de Linn, une jeune fille aux yeux vairons, qui loge dans un squat en instance d’expulsion. Leurs rapports sont étonnants, puisque ce n’est qu’en s’invitant dans le quat qu’Ida réussira à connaître le prénom de Linn, alors qu’elles se sont déjà retrouvées plusieurs fois sur la plage, de nuit. Linn se révèle excessivement possessive, et Ida devra prendre ses distances, ne serait-ce qu’en se rapprochant des garçons du squat. Le bel Élias, l’ex de Linn, explique : « Tout ce qu’elle trouve sur son chemin, elle le considère comme sa propriété : moi, toi, le rôle de porte-parole, le squat, la une des journaux, tout, dit-il » (p. 148). Cette ambiguïté de Linn se révélera dans la scène finale…

Mon avis

Un sujet original, puisque l’intérêt du livre n’est pas la bisexualité, mais la possessivité, révélée par la métaphore du squat. Le style est recherché, imagé : « Nous nous sommes emmêlées l’une à l’autre, entortillées comme deux fils de laine ; ensemble nous formons comme un fil plus fort, mais je me sens comme prisonnière à l’intérieur d’un ouvrage de tricot » (p. 129). D’autres séquences sont aussi à interpréter métaphoriquement dans cette direction, comme celle du container. Cette relation d’amour captatif permet au personnage, et à l’auteur, de réfléchir sur ce rapport trop proche, à la limite de l’inceste, avec le frère. Ce revirement subit d’Ida est-il plausible ? En effet, Ida ne veut pas se laisser enfermer dans une relation exclusive avec une femme, et il est significatif qu’aucun mot désignant l’homosexualité ne soit employé. La relation avec Linn y est désignée uniquement en creux, que ce soit par Thomas : « Comme ça vous n’aurez pas besoin de capotes » (p. 111), ou par Linn, qui parle d’une fille sur laquelle Ida venait de dire un simple compliment : « Elle est cent pour cent hétéro, alors n’y pense plus » (p. 120). Ida doit remettre en cause son cri du cœur de la page 43 : « jamais je n’aurai de petit ami, jamais de la vie ! » Une source de réflexion utile pour les adolescents d’aujourd’hui, pour les aider à trouver leur chemin entre une hétérosexualité dominatrice et une homosexualité qui cède parfois aux mêmes impulsions possessives, comme le prouve le miroir aux alouettes du mariage.

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Voir un autre roman norvégien : On est forcément très gentil quand on est très costaud, Dag Johan Haugerud.
- Lire une critique de ce roman, dans laquelle une phrase ne manquera pas de vous amuser : le thème de l’homosexualité attire l’attention, mais il faut noter qu’elle n’est pas la conséquence d’un traumatisme, ni une anormalité.

Lionel Labosse


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