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Duel de deuil et d’amour, pour les 3e et le Lycée.

Passer la nuit, d’Olivier Lebleu

H&O Éditions, 2003, 122 p., 11 €.

samedi 28 avril 2007, par Lionel Labosse

Le point de vue original pour ce roman ambitieux au style soigné. Il s’agit d’opposer deux générations aux prises avec le jeu social du non-dit et des regrets. Où l’on apprend qu’une vieille veuve peut avoir autant de secrets qu’un jeune gai, et qu’il ne coûte rien de prendre le parti du risque et de la vérité.

Résumé

Suzanne, vieille dame solitaire, attend le jeune volontaire d’une association d’aide aux personnes âgées venu lui apporter un colis de Noël. Elle a prémédité de le séquestrer. Elle est en deuil de son petit-fils, Pierre, mort du sida, pour qui elle avait été une seconde maman. Ce garçon qui la visite n’est autre que le dernier grand amour de Pierre, Étienne. Elle a prévu de « laisser la douleur de celui qui est parti mûrir en haine de celui qui est resté » (p. 10). S’engage un duel « à tombeau ouvert » (p. 15) entre les deux personnages, où la vieille dame fait assaut d’esprit, puis cache la clef de l’appartement « entre ses roploplos raplaplas » (p. 22). Elle ne dévoile qu’une information, elle sait qu’il est gai. Le duel se transforme petit à petit en duo. Étienne accepte l’invitation à réveillonner, et découvre le portrait de Pierre que Suzanne avait caché. Il ne dit rien, il sait qu’elle ne sait pas qu’il sait. Suzanne rend la clef, Étienne reste librement. Chacun se livre, raconte par fragments, sa vie amoureuse pour Suzanne, et un souvenir enfoui de l’Occupation ; sa vie d’homo réduit au mensonge par l’attitude de ses parents, pour Étienne. Chacun a ses secrets, ses zones d’ombre, et Suzanne accepte progressivement la particularité de ce jeune homme qu’elle croyait responsable de la mort de son presque fils. Le malentendu est dissipé. Et dire que Pierre ne voulait pas les présenter parce qu’il craignait qu’ils ne s’entendent pas ! (p. 105).

Mon avis

Passer la nuit a été sélectionné par le Prix Chronos ; c’est un gage de qualité. Les organisateurs du prix Chronos ont perdu un gros partenaire financier à cause de ce livre, étant taxés de faire du prosélytisme ! Et pourtant, de quel prosélytisme peut-on accuser ce beau roman ? De montrer que la tolérance n’a rien à voir avec l’âge ? Le point de vue original est d’opposer deux générations aux prises avec le jeu social du non-dit et des regrets. Où l’on apprend qu’une vieille veuve peut avoir autant de secrets qu’un jeune gai, et qu’il ne coûte rien de prendre le parti du risque et de la vérité. Ce livre ne fait pas partie d’une collection jeunesse, malgré l’illustration de couverture, et cela se sent au style peut-être trop soutenu, légèrement verbeux à mon goût. Cela se sent également à la maturité des réflexions sur l’amour, autant celui des garçons que ceux, peu conventionnels, de la vieille dame, qui nous sont rapportés sans fausse pudeur. À quelle tranche d’âge s’adresse ce livre ? À partir de la 3e, pour des élèves capables de ne pas glousser à l’évocation de l’érotisme de personnes âgées. L’amour sous toutes ses formes est le sujet de ce livre, et les deux personnages se livrent sous nos yeux à un duo amoureux et théâtral, à une danse même. Le texte est divisé en trois « actes » : embuscade, empoignade et embrassade. L’auteur était censé préparer une adaptation théâtrale. A-t-elle vu le jour ? On songe à la théorie des « tercios » des drames de Montherlant, mais adaptée à une conclusion plus optimiste : l’acte I est « levantado » : enthousiaste et volubile. L’acte II est « parado » : inquiet et réticent. L’Acte III est « aplomado » : désespéré, mais l’espoir revient grâce à ce dialogue entamé sous la contrainte mais poursuivi de plein gré.

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Voir la fiche de l’auteur sur le Site du prix Chronos.
- Voir le roman précédent du même auteur : L’étranger de la famille.
- L’illustration de couverture est l’œuvre du talentueux Narcisse Davim, dont on peut acheter une œuvre. Chouette !

Lionel Labosse


Voir en ligne : Residence d’auteur Olivier Lebleu en 2010


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