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En route vers l’Eurovision, pour les lycées

All together, d’Edward van de Vendel

Thierry Magnier, 2006, 414 p., 18 €

mercredi 20 octobre 2010, par Lionel Labosse

Le récit de la résistible ascension de trois jeunes colocataires altersexuels vers la maîtrise de leur pratique artistique et la célébrité éphémère de l’Eurovision. 400 pages et 600 grammes de papier pour une histoire superficielle de fashion victims peopolisés à l’âge des dernières poussées d’acné. Les jeunes lecteurs, certes, auront une vision pas négative de l’homosexualité, à supposer qu’ils arrivent au bout de ce roman qui aurait été supportable avec 100 pages de moins.

Résumé

Tycho a juste 18 ans, il vient de passer un été torride à découvrir l’amour avec Oliver, un Norvégien rencontré aux États-Unis ; son coming out avec ses parents s’est passé on ne peut mieux, c’est même trop car ils lui demandent des nouvelles de ce petit-ami, et il n’en a aucune, ce dont il est marri ; il se trouve même que le numéro de téléphone des parents de Tycho est le seul lien qu’Oliver puisse avoir pour le retrouver (oui, à l’ère d’Internet, il fallait oser !). Tycho vient d’intégrer une « école de création littéraire », qui lui demande un « récit de vie ». Il met donc par écrit les pesants et menus faits et réflexions de sa vie de fashion victim gay. Parallèlement, il emménage dans une colocation avec Vonda, une fille à pédés chanteuse à voix. Ils recrutent comme colocataire Moritz, troisième larron, gay également, je vous le donne en mille, exerçant le métier de boucher, non, je rigole : danseur. Ajoutez Ben, le camarade de promo de Tycho efféminé qui préfère les mecs virils [1], et vous avez les ingrédients d’un roman gay modern style pour teen-agers, garanti à o % de matière grise. Tycho doute de son homosexualité, doute de son talent, de sa relation avec Oliver. C’est alors qu’arrive le nœud du roman : Vonda est engagée par une maison de disques pour concourir à l’Eurovision. Elle exigera que ses deux colocataires se trémoussent à côté d’elle, source de divers psychodrames, d’autant que la donzelle est plutôt du genre mythomane avec ses petits amis et colocs, ce qui entraînera un malaise dans la relation du trio. Les petits chéris n’auront de cesse de moquer d’un côté l’aspect éphémère et paillettes du concours, et d’un autre côté, de jouir naïvement de la célébrité et des plaisirs qu’il procure : « Nous sommes entourés d’un halo de célébrité. Génial, passionnant et… dément ! » (p. 115) bigre ! Les paparazzi prennent indifféremment les uns et les autres pour les amants des uns et des autres, d’autant plus que Moritz connaît une histoire d’amour avec Colin, vedette de la chanson de daube et candidat malheureux (mais bon perdant) à l’Eurovision. À 18 ans à peine, quelle problématique passionnante pour nos élèves que de savoir composer avec les paparazzi ! Les garçons disent à la presse qu’ils sont homos, et la presse s’en accommode (p. 162). On est ravis pour eux. Ils baisouillent à l’occasion ensemble, sans conviction. Moritz conseille à Tycho « de flirter, de séduire, de faire des conquêtes, de tripoter, de baiser » (p. 179), sans se bloquer sur le souvenir d’Oliver. Au fil de la détérioration de la relation à trois, Vonda réussira quand même à s’entremettre dans la relation de Tycho avec Oliver, pour les forcer à renouer.

Mon avis

On apprécie le franc-parler des personnages, par exemple qu’ils utilisent les injures homophobes qu’on utilise effectivement entre « tarlouzes » : « Pourquoi on ne peut pas rester nous trois : toi et moi, plus la tantouze qui va crécher au grenier ?! » (p. 59). La sexualité a sa place, mais on est étonné que le langage soit plus osé que les images suscitées par le texte : « Le matin, on a baisé en douceur » (p. 59). On veut bien que vous ayez baisé, les petits chéris, mais montrez-nous un tout petit peu comment ! Ben non, on dirait que vous avez honte ! Certes, Moritz expose sa technique de drague à la rentre-dedans : « Je suis une vraie pute » (p. 87), mais ça s’arrête là, ou presque : rien que de la gueule ! À peine une léchouille et un « j’ai joui comme je n’avais plus joui depuis des mois » (p. 348). Ce n’est pas le côté technique qui intéresse l’auteur, mais le côté psychologique, avec des considérations très adultes : « Ce n’est pas le genre à frapper, par exemple. Non, mais il prend la direction des opérations, tu vois ce que je veux dire ? J’ai l’impression d’être sa chose, son jouet. En même temps, il me respecte complètement, tu comprends ? » (p. 247) [2]. On est ravis, mais disons qu’on aurait apprécié, s’agissant d’un roman pour adolescents, quelque chaînon manquant entre la fleur bleue et le hard au lattage de gueule dominateur. De même, on apprend que Ben a découvert la drague gay et la coke à Amsterdam. On est ravi pour lui, mais disons qu’on a déjà sur nos étagères des romans hard homos, et qu’on préférerait attendre que nos petits biquets d’élèves aient dépassé leur période fleur bleue pour les leur refiler… Finalement, l’hétérosexualité semble plus altersexuelle, avec Niels, l’un des petits-amis de Vonda, qui couche sans vergogne avec une autre nana, et Vonda qui déclare sans ambages : « J’ai baisé tout le week-end » (p. 355). Pour le reste, le roman joue sur les deux tableaux : la dérision par rapport à ce concours de l’Eurovision : « Oui, un personnage de bande dessinée, voilà ce que je suis devenu. » (p. 314), et un goût au premier degré pour la pipolisation : « Que demander de mieux que de voyager avec son mec ? » (p. 367). Bien sûr, quand ledit mec a dix ans de plus et un compte en banque impressionnant…
La traduction est parfois étonnante, d’une part pour avoir choisi un titre en anglais, alors que l’un des enjeux du récit est de savoir si Vonda et ses gay boys interpréteront leur chanson en anglais ou en langage vernaculaire. On est donc étonné que le choix du titre original (en néerlandais) se trouve contredit par le titre en anglais choisi dans la version française ! De même p. 372, on trouve le mot « Pacs », qui fait bizarre dans une traduction ! Pour finir, l’aspect principal de la personnalité du narrateur, Tycho, ne nous convainc pas un instant : il ne semble pas avoir la moindre motivation pour intégrer son école littéraire, et les textes qu’il fournit, poèmes ou « récit de vie » nous semblent d’une vacuité stupéfiante, mais sans doute sommes-nous mauvais public…

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site de l’auteur (en néerlandais)


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[1Équivalent du couple lesbien butch/fem, cf. p. 50/51.

[2Nous, on voit bien, on comprend, et on a honte de l’avouer, mais nos petits lycéens innocents, est-ce qu’ils verront, et est-il si nécessaire qu’ils voient ?

Messages

  • Bonjour,
    Je partage votre avis. Des personnages creux, une histoire sans grand intérêt. J’ajouterais que le langage de ces jeunes sonne parfois assez faux : "C’est géant !" Quel jeune utilise cette expression de nos jours ?! Problème de traduction sans doute ? Et puis, que c’est longgggggg, qu’est ce que je me suis ennuyé !
    J’aime assez souvent les romans ados de chez Thierry Magnier, mais là...
    Si je n’avais pas été obligé de le lire pour le boulot, je l’aurais refermé à la page 30.