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Colloque international contre l’homophobie

Lettre ouverte aux pouvoirs publics

et pour la diversité par l’éducation. 16 mai 2007.

vendredi 15 juin 2007

Organisations signataires : ADHEOS / ANGEL / ARC-EN-CIEL / COLLECTIF CONTRE L’HOMOPHOBIE DE MONTPELLIER / COMITE IDAHO / COULEURS GAIES / DAVID ET JONATHAN / ESTIM / EX AEQUO / FCPE / FERC-CGT / FSU / HOMOEDU / INTER-LGBT / JPA / LDH / LMDE / MAG / SGEN-CFDT / SIDA INFO SERVICE / SOS HOMOPHOBIE / UNEF / UNL

La question des discriminations a pris ces dernières années une place importante dans le débat public, avec le constat unanimement partagé d’une montée des intolérances et des replis sur soi. L’école n’est pas épargnée et doit sans cesse réaffirmer les valeurs du vivre-ensemble, et contribuer à les faire partager par tous les membres de la communauté éducative. Elle le fait avec détermination et de nombreuses actions tout au long du calendrier scolaire permettent de donner aux adultes les outils sur lesquels s’appuyer pour défendre ces valeurs.

En matière d’homophobie, de lesbophobie ou de transphobie les avancées sont timides, au point que l’on évoque parfois une discrimination dans la discrimination ou pour le moins une hiérarchisation des discriminations. Dans le secteur éducatif, l’amalgame entre homosexualité et pédophilie affleure toujours, tout comme l’accusation de prosélytisme dès lors que des membres de la communauté éducative, souvent aidés par des associations, se proposent d’évoquer objectivement cette forme de discrimination et l’homosexualité comme une orientation sexuelle respectable.

De nombreuses organisations depuis le début des années 2000 ont dressé le constat des conséquences désastreuses pour les personnes homosexuelles ou transsexuelles (membres du personnel ou jeunes adolescents) de la discrimination qui s’exerce à leur encontre. Des études ont mis en évidence le rapport entre le mal-être généré par le rejet dont ils font l’objet et la sur-suicidalité des jeunes homosexuel-le-s. En matière de prévention les associations de lutte contre les IST (dont le VIH) ont souligné depuis longtemps le lien entre mal-être, mauvaise estime de soi et prise de risque.

A l’école la gêne fréquente qui entoure ces questions contribue à laisser perdurer stéréotypes et préjugés, quand une action positive en ce domaine devrait être menée avec force comme cela est souvent fait à juste titre contre les autres discriminations.

Il serait faux de prétendre que l’administration scolaire en France n’a jamais rien fait en ce domaine. Dès 1998 le ministère de l’éducation lançait une série de documents et d’outils où la dimension de refus de la discrimination homophobe était présente. Cette volonté de ne pas taire cette question a perduré et régulièrement les textes officiels l’évoquent au détour de documents où les sujets traités sont plus larges mais permettent cette référence.

Malheureusement, ces quelques initiatives ne doivent pas masquer les grandes carences et l’absence d’une politique ambitieuse d’éducation à la citoyenneté et donc de lutte contre les discriminations qui n’oublierait pas celles liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Par exemple, aucun texte officiel n’est venu pour le moment mettre la focale sur la nécessité de combattre précisément cette discrimination, alors que c’est le cas pour d’autres (sexisme, racisme, handicap...). Ce déni doit cesser.

Alors que la circulaire n°2001-245 du 21 novembre 2001 relative à la journée mondiale de lutte contre le SIDA et la circulaire n°2003-027 du 17 février 2003 relative à l’éducation à la sexualité évoquent toutes deux l’affichage de numéros d’écoute comme celui de Ligne Azur [1] jamais aucun financement institutionnel émanant de l’administration centrale de l’éducation nationale n’a été débloqué pour permettre de l’assurer.

En matière de formation des personnels, les initiatives pour sensibiliser les futurs professionnels ou ceux qui sont déjà en poste sont très rares et rien n’est prévu pour les généraliser.

Dans le quotidien des élèves, les règlements intérieurs des établissements scolaires évoquent rarement le refus des discriminations, et donc a fortiori ne citent presque jamais celles qui touchent à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre, préférant s’en tenir aux notions de respect dû à chacun ou à la tolérance.

Les fonds documentaires comportent rarement des ouvrages, notamment en littérature jeunesse, qui seraient susceptibles d’amener tous les élèves à envisager l’homosexualité ou la transsexualité sans les préjugés habituels, et d’aider les élèves en interrogation sur eux-mêmes à envisager sereinement leur identité et leur orientation sexuelles en les déculpabilisant et en leur permettant de s’accepter.

De même, l’éducation à la sexualité prend-elle rarement en compte cette diversité, même lorsqu’elle n’envisage pas la sexualité à travers la seule visée reproductive.

En matière d’agrément des associations complémentaires de l’enseignement public, il conviendrait que les autorités académiques et nationales reçoivent des instructions pour évaluer sans a priori et en toute neutralité les demandes des associations LGBT susceptibles d’intervenir en milieu scolaire pour travailler sur les représentations discriminatoires, dès lors qu’elles s’inscrivent pleinement dans le respect des principes de laïcité, de neutralité et de gratuité. Ces associations rencontrent trop souvent une hostilité systématique parce que leur spécificité dérange, alors que c’est sur leurs compétences éducatives réelles et sur le respect de ces principes que leur candidature doit être évaluée.

En lien avec les Conseils des délégués pour la Vie Lycéenne et dans le cadre des Comités d’Education à la Santé et à la Citoyenneté, sous l’autorité du Conseil d’administration, la constitution d’une commission de lutte contre les discriminations associant élèves, parents et personnels chargée de réfléchir à la mise en place d’actions destinées à faire reculer les préjugés et l’intolérance serait une avancée certaine. Cette action pourrait être adaptée aux spécificités de fonctionnement de l’enseignement supérieur.

Des études relatives à ces questions de discrimination dans les milieux éducatifs devraient être financées par les pouvoirs publics, afin d’établir un état des lieux précis de ce que vivent certain-es adolescent-es et certains membres du personnel. Des études relatives aux conduites à risque des jeunes lesbiennes et homosexuels seraient également opportunes. De même, il serait souhaitable qu’au niveau national soit mis en place un groupe d’experts chargés d’élaborer et de proposer des outils pédagogiques destinés à promouvoir une éducation au respect de la diversité. Ainsi, très rapidement, il deviendrait possible d’envisager que soient distribués à l’ensemble des jeunes des outils de sensibilisation (de type brochure ou dépliant) visant à combattre les discriminations lesbophobes, homophobes, transphobes.

À l’instar de la semaine d’éducation contre le racisme qui se tient chaque année dans les établissements scolaires, un temps de réflexion devrait y être régulièrement organisé pour déconstruire les schémas sexistes, homophobes et transphobes, et rendre cette démarche permanente et quotidienne. Ainsi, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie pourrait permettre à l’ensemble des personnels de se saisir de cette thématique pour un usage pédagogique et éducatif.

On le voit des propositions d’actions sont avancées et peuvent être facilement mises en œuvre, dès l’école primaire et tout au long de la scolarité, pour peu que la volonté politique s’y attelle. C’est le sens de cette lettre ouverte, que l’ensemble de nos organisations souhaitaient souligner. Depuis quelques années en effet, après de nombreux contacts et entrevues que nos différentes structures ont pu avoir avec les administrations concernées, aucune des préconisations présentées ici et transmises régulièrement lors de ces rencontres n’a trouvé le moindre début de concrétisation. Dans d’autres pays, et en Europe notamment, des administrations de l’enseignement et de l’éducation ont su s’impliquer fortement dans la mise en place de dispositifs officiels de lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre.

Pourquoi ce qui est possible ailleurs ne pourrait pas l’être en France ? Il est enfin temps que les pouvoirs publics agissent sérieusement et efficacement dans cette direction.


[1Ligne Azur est un dispositif de l’association Sida Info Service. www.ligneazur.org et 0 810 20 30 40.