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Dernier bilan avant l’adoption programmée du « mariage gay »

Altersexuel et opposé au « Mariage gay », je persiste et signe !

Comment on use et on abuse du faux argument de l’homophobie.

samedi 20 avril 2013

Le débat sur le « mariage gay » entre dans son dernier round. Faux débat qui se limite à des invectives lancées de part et d’autre. Auteur d’un des rares livres publiés en 2012 sur le sujet, altersexuel athée opposé au mariage pour des raisons argumentées qui n’ont rien à voir avec la religion, je n’ai pas une seule fois été invité à l’une des centaines d’émissions de télévision qui ont traité le sujet. Une seule fois à la radio ; et un seul organe de presse national a informé ses lecteurs de l’existence de mon livre. Quoi qu’il en soit, je persiste et signe. Voici un dernier bilan avant l’adoption programmée du « mariage gay ». Quatre questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponse, avant tout dans le milieu « LGBT », dont les vedettes, autant dire les oligarques courtisés par les médias, se contentent de ressasser l’argument de l’homophobie, une homophobie qu’ils ont eux-mêmes déclenchée par des revendications excessives portant sur l’« homoparentalité ».
Cet article existe dans une version courte que j’ai proposée à différents médias, et en version longue, ci-dessous.

Altersexuel et opposé au « Mariage gay », je persiste et signe !

En 1981, la gauche avait mené une croisade historique contre la peine de mort, torche révolutionnaire brillant de tous ses feux au bras levé d’une Marianne de gauche. Parvenu au pouvoir dans une conjecture économique différente, François Hollande veut coûte que coûte sa mesure phare arrachée au forceps aux forces des ténèbres. J’aurais préféré pour ma part que ce fût la légalisation du cannabis, si ce n’est sa dépénalisation ; manque de bol, l’indéracinable député socialiste de ma circonscription, l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant, qui avait courageusement attendu de ne plus être ministre pour se déclarer favorable à une « légalisation sous contrôle », a courageusement réaligné son petit doigt sur la couture de son pantalon socialiste avant même que son nouveau champion ne soit élu… Les millions de consommateurs de cannabis auront l’obligeance de bien vouloir rester délinquants jusqu’à ce que la gauche soit à nouveau élue, dans 20 ou 30 ans… Cela n’est pas grave, la France est un pays où la loi est faite pour qu’on s’en torche. Le bâton de maréchal de M. Hollande, ce sera donc le « mariage gay », pardon, « mariage pour tous ». Dans ce contexte, loin de faire reculer le gouvernement, la « manif pour tous » du 13 janvier restera pour les siècles des siècles, la preuve de son courage à faire voter cette loi historique avant laquelle les homosexuels, qui n’avaient pour eux que ce misérable pacs, furent considérés comme des parias, quasi délinquants obligés de raser les murs pour rentrer chez eux. La plupart des médias, favorables au projet, donnent la parole sans compter aux représentants les plus acharnés des hordes réactionnaires, qui chaque fois qu’ils ouvrent la bouche, poussent le curseur des sondages encore plus haut vers le soutien inconditionnel au projet, tant leurs arguments sont obsolètes.

Gaiement conformes.
Affiche montage de Jacques Raffaelli pour Pref Mag n°19, mars-avril 2007.

Un débat qui ne porte que sur les valeurs

Le débat n’a porté que sur les valeurs – le bien et le mal – et a passé à la trappe les questions de l’utile ou du nuisible, du juste et de l’injuste. Selon le principe de l’argumentation par encorbellement, qui voit les antagonistes se jeter des pierres et finir par amonceler une voûte qui les sépare, les deux partis se lancent des mots d’oiseaux, et les militants gays favorables au projet n’ont plus qu’un argument : « ceux qui ne sont pas pour nous sont homophobes », tandis que les opposants les plus farouches ne jurent que par des anathèmes du style : « ils veulent détruire la famille ». En réalité, la plupart des opposants au mariage – moi y compris, gay opposé au mariage – ne sont guère homophobes, pas plus que ses partisans n’ont rien ni contre la famille ni contre la notion de père ou de mère, bien au contraire. Ma conviction profonde est même que dans dix ans, nos amis homos mariés auront échangé leur abonnement au Monde, au Nouvel Obs ou à Libé contre un abonnement au Figaro, première année offerte pour tout mariage. Mais ce concours d’invectives n’occulte-t-il pas le cœur du débat ? La question n’aurait pas dû être d’ajouter le « mariage gay » au pacs, mais de trouver la solution la plus utile et juste pour accompagner ceux qui souhaitent unir leur existence avec d’autres êtres, et la moins injuste et nuisible pour que ne soient pas lésés ceux qui persistent à vivre seuls. Le « mariage pour tous » est-il la meilleure solution ? J’ai posé dans un livre paru en avril 2012 des questions auxquelles ce débat outrancier n’a toujours pas donné de réponse. Voici ces quatre principales questions :

Mort programmée du pacs ?

1. Le « mariage pour tous » une fois voté, sera-ce la mort programmée du pacs ? La fin du rêve des couples hétéros ou homos pacsés par conviction, d’obtenir une fiscalité égalitaire, la naturalisation d’un conjoint pacsé d’origine extra-communautaire, ou de pouvoir se marier religieusement avec un simple pacs, sans être obligé de contracter un mariage civil. Chaque année, le pacs avait de plus en plus de succès ; le nombre annuel de couples pacsés s’apprêtait à dépasser le nombre de couples mariés, le mariage tombait peu à peu en désuétude, et voilà qu’à cause de quelques militants gays focalisés sur le mot « mariage », nous allons sans doute connaître cette disqualification d’un contrat pourtant plébiscité par les hétéros, en passe de surclasser le mariage, qualifié de « sous-mariage » par des oligarques gays inconséquents. S’il s’agissait d’en rester au couple monogame, n’eût-il pas été plus équitable de fusionner les deux statuts, plutôt que d’entériner une différence discriminatoire au profit du mariage ? À cause de nos amis militants homos, le divorce, cette immondice, va prospérer, alors que si l’on avait choisi la voie de l’amélioration du pacs, c’eût été l’hallali du divorce, remplacé par une simple lettre recommandée. Nombreux au sein du lobby gay, les avocats soupirent d’aise et tâtent leur escarcelle.

Matraquage des célibataires par le fisc ?

2. Le « mariage pour tous » renforcera-t-il le matraquage des célibataires par le fisc (une grande partie d’entre eux étant altersexuels) ? Cette catégorie de citoyens devra supporter le surcoût des déductions fiscales octroyées aux nouveaux couples homosexuels mariés. La part du logement dans le budget des ménages ne cesse d’augmenter ; il devient de plus en plus difficile à un célibataire n’ayant qu’un salaire de se loger et de survivre seul, et c’est à ce moment-là qu’on accorde à des couples partageant le même appartement, payant une seule redevance TV, une seule facture de gaz, un seul panier bio, une seule chambre d’hôtel en vacances, un seul abonnement à Têtu (bulletin de liaison des fans de Mylène Farmer) ; c’est à ces couples homos en plus des couples hétéros, qu’on s’apprête à accorder toujours et encore plus d’avantages fiscaux – et sociaux –, même s’ils n’ont pas d’enfants ! De quelle « égalité » est-il question ? [1]

Le mariage monogame est « biphobe »

3. J’ai écrit dans mon essai que le mariage monogame est « biphobe », et que ceux qui le réclament, et ne réclament que cela, le sont aussi. Je visais particulièrement les associations prétendument « LGBT », qui réclament en mon nom, au nom des bisexuels (le B du sigle LGBT) et au nom d’une prétendue « égalité des droits », un « mariage pour tous » qui exclut de fait un certain nombre de bisexuels et tous nos concitoyens qui souhaiteraient fonder un foyer à plus de deux personnes. Comme aucun militant gay de la « Classe A » (comme dirait Didier Lestrade) n’a daigné s’abaisser à me répondre, du haut du beffroi où ces nouveaux aristocrates de la pensée propre sur elle contemplent le peuple, je me permets de bisser. Il est plus facile de répondre à des hurluberlus armés de bibles ou de corans ; Didier Éribon et Éric Fassin nous gratifient régulièrement, dans la presse, à la radio, à la télévision, de leur « effroi » [2] contre ces hordes homophobes, effroi qui les dispense d’aborder le fond du problème. Quand on a sorti le mot « effroi » pour un pays comme la France, que reste-t-il au fond du sac à hyperboles pour évoquer la situation des homosexuels dans un pays comme l’Arabie saoudite ? Benoît Duteurtre a bien décrit cet état d’esprit des « chefs de file » de la cause LGBT dans un récent article pour Marianne : « Un idéal petit-bourgeois ». [3] Quelques internautes anonymes ont ressorti le bon vieil argument selon lequel les bisexuels seraient amoureux soit d’une femme, soit d’un homme, toujours en alternance. Argument facile, puisque l’existence d’un seul bisexuel simultané invalide cet argument (j’ai développé ma réponse à ces internautes ici). Cela ressemble à ce slogan imparable entendu en marge de la « manif pour tous » : « le mariage n’est pas du tout interdit aux homosexuels : ils peuvent se marier, avec une personne du sexe opposé » ! Sauf que le mariage selon le code civil, engage à la fidélité, donc, si l’on prend la loi au mot, un bi qui se marie s’engage à renoncer à sa bisexualité. Le « mariage pour tous » n’est donc pas vraiment « pour tous », puisqu’il ne s’adresse qu’aux monogames. On en revient à l’argument du grain de sable : combien de grains de sable faut-il pour faire un tas ? Combien de bisexuels souhaitant s’unir à trois ou à quatre faut-il pour faire une minorité incluse dans les mots « égalité » et « tous » brandis par les militant(e)s prétendument LGBT ? S’ils revendiquent le « mariage pour tous », que ce soit uniquement au nom des L, des G, et peut-être des T ! [4]

Favoriser la PMA : un mauvais choix

4. En dehors de ces cas de bisexualité ou de polyamour, la question de la procréation médicalement assistée, maladroitement mêlée au débat par certains députés socialistes, est ce qui a choqué le plus et mobilisé les foules du 13 janvier. Cela laisse croire que la PMA serait la seule espèce de ce qu’on appelle l’« homoparentalité », alors qu’il existe différentes solutions préservant l’existence d’un père et d’une mère biologiques susceptibles d’être tous deux connus de l’enfant, contrairement à ce qu’implique la PMA, du moins en France (l’anonymat du don de sperme a été supprimé en Grande-Bretagne en 2005). Or ce type de solution, qui me semble non pas moins moral mais plus nuisible au point de vue de l’enfant que les autres solutions, ne sera-t-il pas favorisé par l’institutionnalisation de la monogamie ? Un Contrat universel tel que je le propose dans mon livre, ou du moins un pacs amélioré et étendu à plus de deux personnes, constituerait un cadre plus idéal pour l’enfant issu d’un projet de coparentalité de lesbiennes ou de gays, que de favoriser la PMA [5]. La loi ne peut imposer une seule solution, certes, mais institutionnaliser la PMA comme une pratique banale pour les couples homos, alors même qu’elle est une solution d’exception pour les couples hétéro, n’est-ce pas défavoriser la traditionnelle solution de la pipette (ou du bon vieux coït dans certains cas) qui a fonctionné empiriquement de nombreuses années ? Et si elle a mal fonctionné, ce n’était pas forcément parce que les gays et les lesbiennes ne s’entendaient pas pour avoir des enfants ensemble (ils ne s’entendent ni mieux ni plus mal a priori que 50 % des couples hétéros qui divorcent), mais peut-être parce qu’on n’a pas osé proposer un cadre légal (à trois ou à quatre personnes) pour ces familles atypiques.

L’impasse monogame

Les militants gays de la « classe A » qui, sans avoir consulté leur base, nous engagent durablement dans cette impasse monogame au détriment d’une solution plus souple, portent une lourde responsabilité. Il se trouve que la solution étriquée qu’ils ont adoptée, et l’acharnement d’un certain nombre d’entre eux à grappiller la PMA en plus du mariage, a entraîné l’hostilité d’une part importante de la population. Et voici qu’ils veulent nous faire croire que cette hostilité due à leur maladresse serait de l’homophobie, et – joli tour de passe-passe – que cette prétendue homophobie devient leur argument numéro un ! Je suis désolé, mais je suis altersexuel, un peu militant gay, et malgré plusieurs mois de débats biaisés, je demeure opposé au « mariage gay ». Démontrez-moi que j’ai tort, mais en répondant point par point à mes arguments, pas en me traitant d’homophobe.

Le 17 janvier 2013.

Par Lionel LABOSSE, auteur de
Le Contrat universel : au-delà du « mariage gay », éditions À poil, 2012.

 Voir l’article de L.-G. Tin paru dans Le Monde sur ce livre, et lire cet article.
 Jacques Fortin, qui avait réagi à mon précédent article « Pour un livret de famille fractal » en évoquant la « terrible responsabilité qu’ont prise les "élites" associatives LGBT », expliquait qu’il se résignait à cette « sottise historique ». Quelques jours plus tard, il publiait sur Médiapart un article intitulé « Homophobie : à la riposte ! », très significatif de l’état d’esprit actuel des homosexuels.

La version courte de cet article, dans le PDF ci-dessous est libre de droits. Merci de la diffuser sur votre site, avec un lien vers le présent article, et de m’en informer pour que je crée un lien vers votre site. Cet article a été repris par Culture et Débats, et par Atlantico. À l’occasion de cette publication je découvre une interview de Louis-Georges Tin. Avec tout le respect que j’ai pour lui, son argumentation me déçoit, car il se contente (en répondant au journaliste) de seriner qu’être contre le « mariage gay » c’est être homophobe, point barre. Sur la question de la PMA, il évoque de façon confuse les députés canadiens qui auraient, je cite « voté pour la reconnaissance de l’homoparentalité ». Or cela n’a aucun sens, l’homoparentalité étant un fait sociétal réunissant des situations très diverses ; impossible de savoir à quel vote cela peut bien correspondre ! En tout cas mélanger ça avec la question complexe de la PMA en France, c’est mélanger des choses fort éloignées. Mais les militants gays mainstream ont l’habitude de l’amalgame depuis le début de ce faux débat, en confondant volontairement des situations différentes de pays qui n’ont aucun statut pour les couples de même sexe, et de pays qui, comme la France, ont déjà un statut. CQFD.

 Bon, ce n’est pas tout ça, mes amis, mais si cet article vous laisse sur votre faim, je vous conseille mon livre. La preuve de sa qualité ? Aucune télé, aucun journal de gauche ni de droite (à part Le Monde) n’en a dit un mot !

Altersexuel et opposé au « Mariage gay », je persiste et signe !
Un article de Lionel Labosse, auteur de Le contrat universel : au-delà du « mariage gay », éditions À poil, 2012.

L’illustration est tirée de cet article. C’est un montage de Jacques Raffaelli à partir d’une affiche de propagande soviétique.

© altersexualite.com, 2013.


[1La défense des célibataires est un argument ignoré en France. Le 20 décembre 2012, Courrier International titre « Mariage non merci ! », et consacre un dossier à des articles de différentes origines qui critiquent le mariage et constatent son obsolescence. Un article de Thijs Kleinpaste et Jorrit Nuijens paru dans NRC Next (Amsterdam) : « À bas le mariage civil ! » prend la défense des célibataires en critiquant le mariage gay qui existe depuis 10 ans aux Pays-Bas. Il s’agit de militants gays de gauche ou verts. Ironie du sort, dès l’histoire du mariage de Bègles, ce sont les Verts français – qui truffent toutes les associations LGBT – qui ont soutenu ce combat. Ils devraient fréquenter leurs camarades néerlandais !

[2Le mot est employé par Didier Éribon, dans l’article « On assiste au retour du refoulé homophobe », (Médiapart, 14/12/2012). Eric Fassin a récemment publié « L’Église se fait beaucoup de mal dans ce combat » (Marianne, 12/01/2013).

[3Voir mon article « Pissotières ou jarretière, faut-il choisir ? », à propos d’une polémique entre Benoît Duteurtre et Yannick Barbe. Benoît Duteurtre, qui n’a écrit aucun livre sur le sujet, aura été le seul intellectuel gay opposé au mariage à avoir eu l’opportunité de publier deux articles sur le sujet dans des organes de presse nationaux. Le fait qu’il soit lui-même journaliste a dû aider, mais cela fait de toute façon peu face au camp du « oui », omniprésent dans les médias. Quant à Yannick Barbe, point de nouvelle. Ce monsieur manie sans doute mieux l’invective que l’argumentation, ou ne saurait peut-être s’abaisser à répondre à la plèbe ?

[4Un « mariage à trois » a été récemment enregistré au Brésil. Cette nouvelle, qui aurait en temps normal fait la une de nos grands médias, a été ignorée, comme mon livre… On trouve juste un entrefilet ici ou là.

[5Voir sur ce point l’article d’Éric Verdier L’homoparentalité, une alterparentalité ?.