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Souvenirs d’une fille-mère, pour les 3e et les lycées.

La Vie en Rose, de Gudule

Grasset-jeunesse, Lampe de poche, 2003, 221 p, 9 €.

mardi 24 avril 2007

Le premier volet d’une saga autobiographique en cinq volumes. Gudule raconte son expérience de fille-mère à l’âge de 15 / 16 ans, dans les années 60 en Belgique. Un formidable témoignage d’une amoureuse de la vie, naïve sans doute, mais tellement humaine. Gudule a la délicatesse de ne pas alourdir ses souvenirs d’une morale plaquée à quarante ans de distance, et de laisser les jeunes lecteurs ou lectrices vivre cette expérience comme s’ils y étaient !

Résumé

Bruxelles, Belgique, début des années soixante. Rose et Monique, 15 ans, viennent d’entrer en troisième latine chez les sœurs de la Trinité. Elles ont l’habitude de se moquer d’un quinquagénaire enveloppé qu’elles croisent sur leur chemin. Elles le surnomment « Polochon », le caricaturent et lui donnent les dessins. Un jour, il invite Monique à boire un verre, puis en fait sa maîtresse. Quand elle le quitte, il fait une tentative de suicide. Monique est mise en pension par ses parents, Rose ne la reverra jamais. Un jour avec une copine, elles sont surprises par une sœur, enfermées dans les toilettes. La Mère Supérieure (dont le portrait vaut le déplacement) les suspecte : « Les pratiques « entre filles » obsèdent les religieuses qui les traquent avec frénésie, confondant souvent une amitié tendre (mais honnête !) avec ce qu’elles taxent de vice » (p. 48). En fait, Gudule nous l’assure — mais à altersexualite.com on en doute, sachant la mauvaise moralité de cette femme qui fantasme sur des « adolescents si joliment métissés » comme elle le proclame sans vergogne dans une entrevue que la morale du XIXe siècle réprouve ! [1] — elle était innocente, elles séchaient seulement un cours pour se faire des confidences sur les mecs (tu parles !). Elles seront simplement exclues « pour soustraire vos compagnes de classe à une pernicieuse influence » et réfléchir « au danger de certaines formes de camaraderie ». Ironie du sort, c’est à la faveur de cette exclusion que Rose se rapproche de « Polochon », et celui-ci en fait son amante, bien qu’elle se trouve laide. Elle tombe enceinte. La grossesse sera une période éprouvante : elle finit par sécher les cours, il abuse de sa naïveté, la méprise, la bat, la trompe. Il refuse de l’héberger, sous prétexte qu’il est fiché au titre de la protection des mineurs. Elle résiste et veut absolument garder l’enfant, aidée finalement par ses parents.

Mon avis

Avec son franc-parler coûtumier, Gudule donne le ton dans sa préface : « Des adolescentes aussi naïves, crédules — en un mot, aussi connes ! —, ça n’existe pas » (p. 9). Et pourtant, c’est bien une série autobiographique (en 5 volumes, dont trois parus à ce jour) qu’inaugure La vie en Rose. Selon Gudule, à cette époque, c’est-à-dire avant « Mai 68, qui va faire évoluer les mentalités, propager des idées, briser des tabous », ce genre de mésaventures étaient possibles. Justement, des livres comme celui-ci n’existaient pas : « Même Colette, Malraux, Françoise Sagan — les moins bégueules ! — n’abordent la sexualité qu’avec prudence, voire pruderie, privilégiant les métaphores au détriment des descriptions précises. Quant aux parents… Le mot n’a même pas cours dans leur vocabulaire ! » (p. 46). On s’amusera donc de la naïveté des jeunes filles, mais aussi des parents ou des sœurs, lesquelles, voulant éviter le lesbianisme de Rose, l’ont jetée dans l’hétérosexualité la plus sordide ! La vie en Rose a été plébiscité par les élèves de 3e ou de 2de à qui je l’ai proposé. Elles y trouvent ce que Gudule a voulu y faire passer, ce qu’elle aurait sans doute voulu lire à l’âge où elle en avait besoin. On citera la première expérience sexuelle de Rose, soldée par ces mots : « Aïe, crie Rose, ça fait mal » ; « Moi, je ne recommencerai jamais ! » (p. 78). À comparer avec la mémorable scène de L’amour en chaussettes. La sexualité étant nommée sans fard, veillez à prévenir vos élèves. On proposera notamment ce roman dans les collèges ou lycées des régions comme Mayotte, où les classes de 4e et de 3e comptent souvent des mères de famille.

- Lire l’entrevue de Gudule et ses autres romans : Le Bouc émissaire (L’Instit), Aimer par cœur (L’Instit), L’Envers du décor, Étrangère au paradis, L’Amour en chaussettes, La Vie à reculons, Le Chant des Lunes, Le Bal des ombres, et la suite de La vie en Rose : Soleil Rose et La Rose et l’Olivier. Pour les adultes avertis et potaches, voir aussi La Ménopause des Fées. Gudule a également écrit la préface de mon roman Karim & Julien paru en mars 2007.

- La consultation du blog officiel de Gudule permettra aux Sherlock Holmes en herbe de faire la part de l’autobiographie et de la fiction. Grande nouvelle, à partir du 1er janvier 2014, Gudule publie sur son blog la suite inédite de sa trilogie ! À lire en cliquant ici.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site officiel de Gudule


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[1HomoEdu et notamment Gudule, pour son entrevue, ont été la cible d’une attaque sur un blog d’extrême-droite, d’où ce commentaire ironique. Les propos de l’auteur de ce blog n’avaient rien de surprenant, en gros tout ce qui n’est pas à cent pour cent gaulois et orthosexuel n’est que décadence. Les moqueries sur les patronymes constituaient la pointe la plus acérée de son argumentation, ce qui rappellera leur boulot à nos lecteurs travaillant en maternelle. Une moquerie sur mon nom de famille (Labosse dans le pantalon) m’a rappelé mes congénères collégiens, enfin tout ça nous rajeunit ; par contre, notre chère Gudule est vieillie, sans doute à cause du fait qu’elle se présente comme « grand-mère », et pour ce genre de triste sire, grand-mère signifie très vieux — et vie sexuelle terminée. Or Gudule a été mère assez jeune, si l’on en croit La vie en Rose, et on lui souhaite une longue retraite moins aigrie et plus épanouie que d’aucuns ! Bref, l’auteur de ce site semble passer de longs moments à pianoter sur Google en quête de sexe à maudire. Comme dirait l’autre : « Satan l’habite ! » Pour être plus sérieux, relisons la célèbre étude de Sigmund Freud sur le Président Schreber : ce qui est essentiellement paranoïaque dans ce cas c’est que le malade, pour se défendre d’un fantasme de désir homosexuel, ait réagi précisément au moyen d’un délire de persécution de cet ordre (Cinq Psychanalyses, PUF 1954, p 263 sq).