Cela commence 15 ans en arrière, par Véro, un grand amour : « Je retrouvais des sensations intenses, enfouies sous de lourdes strates d’interdits bien intériorisés » (p. 17). À propos de son enfance : « ce furent pourtant des années tellement lisses » (p. 32), l’auteure ne mâche pas ses mots : « enfances dévastées, confisquées, violées ». Elle évoque l’assignation à l’hétérosexualité : « Cela m’exaspère aujourd’hui quand j’entends des adultes demander à des bambins de trois ans […] : C’est ta fiancée, Morgane ? ». Elle en a tiré une habitude de dissimulation : « J’ignore si j’en ai souffert ou non, mais je connais le résultat que cela produit : un être surarmé et blindé comme un char d’assaut, lisse et insaisissable, finalement hors d’atteinte, à l’hostilité comme à la tendresse » (p. 34). Cette enfant était fort sensible à certains détails : « je trouvais insupportable la sexualisation obligatoire du monde ; je m’irritais d’entendre « merci Monsieur, bonjour Madame » et non point : « Merci, Personne, bonjour, Personne » (p. 41). L’attitude de sa sœur à la sortie de prison, qu’elle aimait tellement, l’avait bouleversée : « Avec ton père, elle aboie, littéralement » (p. 72). La passion de la narratrice pour la musique renaissance et sa pratique du psaltérion raviront les amateurs ; les autres s’agaceront du milieu fermé que cette passion implique. On apprécie la remise en cause de la narratrice due à la maïeutique pratiquée par sa correspondante Diane : « tu parles ! Super-lisse, l’étang ! Tu vois, ton attitude, eh bien elle est à la limite de la condescendance » (p. 133). Les retrouvailles avec Isabelle sont l’occasion d’évoquer la « paternité » « un peu compliquée » de sa fille : « il est son père légal, et son père affectueux, et son père pour toujours. Mais il n’est pas son père biologique » (p. 160). Voilà. Un livre pour passer un bon moment, c’est déjà ça.
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